L’Archange Michel dans l’Histoire Spirituelle de l’Humanité

Inspiré des écrits de Rudolf Steiner

1. Les deux courants de l’Archange Michel

Comment se fait-il que toujours, quand on parle de Michel, les cœurs de ceux qui ont une sensibilité pour le spirituel se mettent à battre plus fortement ?

C’est parce que ceux-ci sentent, au plus profond de leur cœur, que Michel est un être à qui l’on doit une action, sans laquelle l’humanité aurait dû aller depuis longtemps droit à l’abîme. De même que Christ a accompli une action par laquelle la mort fut vaincue, ainsi Michel a fait en sorte, grâce à une autre action, que l’homme puisse se préserver d’un endurcissement total dans l’existence matérielle.

Lorsque, dans les figurations et sculptures anciennes, on trouve à représenter Michel comme celui qui combat le dragon, dans ce dragon se discerne la force qui veut conduire l’homme à l’endurcissement terrestre. Michel s’y oppose, mais sans aucune dureté, car il n’est que bonté et infinie mobilité.

L’entrée de l’évolution dans cette phase de durcissement, des conséquences duquel Michel veut préserver l’homme, coïncide, pour l’homme lui-même, avec l’expérience d’un monde de moins en moins pénétré d’essence divine, puisque les entités divino-spirituelles se sont peu à peu retirées de son revêtement physico-sensible. Par suite de quoi le monde est devenu tel que le décrit la physique actuelle. En estimant ce monde, vidé de l’élément divin, comme l’unique monde possible, l’être humain se soumet à l’endurcissement susdit. Michel est l’entité qui ne veut pas abandonner l’homme dans son passage au travers de ce monde matérialisé. Tandis que les autres puissances divines se retirent, Michel continue à accompagner l’homme tel un guide fidèle. Il considère justement de son devoir de reconduire au spirituel la faculté cognitive de l’homme empêtré dans la matière. Tandis que Christ, sublime Être solaire, s’est uni, grâce au Mystère du Golgotha, à la Terre, pour donner à celle-ci la possibilité d’une spiritualisation future, ainsi la mission de Michel consiste dans l’illumination des forces cognitives de l’homme. Michel confère donc au connaître l’illumination au moyen de laquelle peut être correctement comprise l’action accomplie par le Christ. De cette façon, il est serviteur du Christ et gardien des écoles des Mystères de tous les temps.

Grâce à l’investigation spirituelle de Rudolf Steiner, il fut possible de parcourir l’évolution des Mystères, à partir de ceux qui avaient leur siège dans le territoire préglaciaire, appelé dans l’Antiquité Atlantide. Dans sa Science de l’Occulte en esquisse, Rudolf Steiner décrit comme centre d’initiation à la sagesse de l’Atlantide, l’oracle solaire, à l’influence duquel l’on doit l’évolution entière de la civilisation des époques suivantes. À cet oracle solaire était annexés les oracles des diverses planètes, dont les inspirateurs se retrouvent encore chez les divinités grecques : Mercure,

Mars, Jupiter et ainsi de suite.

Après que, au cours de longues époques, ce continent, situé là où se trouve aujourd’hui l’Océan Atlantique, s’était effondré, ce que la géologie actuelle reconnaît également, une grande partie de l’humanité survivante fut menée par le guide de l’Oracle solaire vers l’Orient. Tandis que cela advenait, la Terre se consolidait en adoptant la configuration continentale qui caractérise son aspect d’aujourd’hui. L’homme aussi se consolida dans sa propre organisation et ce n’est qu’à partir d’alors que ses os purent survivre au temps (après sa mort). Le fait que l’on n’ait pas trouvé d’ossements humains provenant des époques antérieures et que ne se sont conservés que des squelettes animaux, démontre que ceux-ci se consolidèrent avant l’homme. L’homme, en émigrant vers l’Orient, élabora, avec la langue indo-germanique originale, les premières formes de pensée. Il y eut en même temps les commencements d’une perception tournée sur le monde sensible.

Les peintures qui remontent à l’époque glaciaire, découvertes sur les parois des grottes en France et en Espagne, constituent de merveilleux documents de l’éducation de l’humanité à la perception sensible, développée alors seulement par de grands guides individuels devançant l’évolution.

Il est peut-être opportun de faire une allusion ici à l’évolution de la pensée humaine. Rudolf Steiner a illustré dans ses Énigmes de la Philosophie l’évolution progressive du mental actuel à partir d’une vision imaginative, telle qu’elle vient à notre rencontre dans les mythologies des anciens.

Cette vision était présente dans toute sa plénitude dans l’humanité atlante, et grâce à elle, un rapport immédiat de l’homme était possible avec des êtres divino-spirituels. Durant l’entièreté de la période de la civilisation orientale, jusqu’à l’époque de Homère encore, il arrivait que les dieux eux-mêmes apparaissent au milieu des prêtres, tandis que ceux-ci offraient des sacrifices et s’élevaient en prières. Les dieux donnaient aux hommes les biens célestes qu’ils pouvaient offrir. Il existait une communication avec le Soleil, la Lune, Saturne et les autres planètes. Les cérémonies se déroulaient donc selon les périodes de révolutions des planètes, les saisons et la position géographique du lieu.

L’expérience en montagne était différente de celle en plaine, près de la côte ou dans les régions intérieures. On savait, en ces temps-là, que c’étaient les dieux qui donnaient la pensée aux hommes.

Différente était aussi la manière de vivre son rapport avec les dieux, pour l’humanité qui prospérait dans les vallées de l’Indus et du Gange par rapport à l’humanité qui se trouvait exposée au rude climat des hauts plateaux iraniens. Protégé par des monts qui se dressaient majestueux à la rencontre du ciel et entouré d’un environnement de végétation luxuriante, en Inde put se développer un peuple disposé à aimer tout ce en quoi se manifestait la vie et qui dirigeait son regard autant vers l’intérieur que, par la suite le peuple persan, avec le dynamisme de sa civilisation, dirigera non seulement le sien mais aussi, toute son action vers l’extérieur.

Un document de l’Inde antique transmet un reflet terrestre du combat grandiose dans les cieux que

Michel dut soutenir contre ses adversaires : la Bhagavad-Gita. Ce combat dans les cieux est la description, transmise sous une forme mythologique, d’un événement réel. Ces résidus planétaires célestes qui errent dans la sphère planétaire circonscrite par l’orbite de Mars, et connus par notre astronomie comme la ceinture d’astéroïdes, sont le témoignage, sur le plan cosmique, de cette bataille grandiose. Il s’agit d’un combat entre légions célestes, connues par les anciens sous divers noms et dont la forme médiévale remonte à une tradition attribuée à Denys l’Aéropagite.

Ce combat a été décrit dans diverses époques en puissantes images, entre des puissances supérieures et des puissances inférieures et on les retrouve, ces images, dans le récit de la lutte de Michel contre le dragon ou de Mithra qui vainquit le taureau. Toutes ces images ont pour motif commun qu’une réalité inférieure est vaincue par une réalité supérieure. Dans la supérieure, c’est Michel qui agit, dans celle inférieure, on n’a pas seulement à faire avec le dragon, mais plutôt à côté de lui, on a également une entité qui se sacrifie volontairement et traverse la réalité du mal, sans être elle-même malveillante. Cet être qui choisit par sacrifice le passage dans la réalité inférieure est le “ Précurseur ” du Christ, dans sa descente progressive vers la vie terrestre. C’est l’Ange que Christ envoie au-devant de Lui et qui prendra par la suite le nom d’Élie. L’Archange qui agit au travers de cet Ange, c’est Michel. Dans ce qui s’accomplit sur Terre grâce à des personnalités humaines inspirées par Élie est aussi présente également la force de Michel. Il y a donc deux courants de

Michel : l’un qui se relie directement à Lui en tant qu’esprit solaire, l’autre guidé par Élie. Leur rapport est celui qui existe entre un courant solaire et un courant lunaire, lesquels procèdent pourtant tous deux de Michel. C’est dans le même rapport que se trouvent entre elles les civilisations antiques perse et indienne. La civilisation de la proto-Perse de Zarathoustra représente l’authentique courant solaire. Le Dieu solaire Ormuzd vainquit le ténébreux Ahrimane.

La civilisation de la proto-Inde, de nature plus lunaire, apparaît comme le précurseur de ce courant solaire, comme on peut le remarquer au culte de Soma, identifiée avec la Lune.

Durant l’époque de la civilisation proto-indienne, l’homme vivait en communion avec l’être de la pensée, au point que celle-ci était perçue immédiatement rempli d’âme et d’esprit, dans la même région où il vivait avec le propre « Je ». Cette région est le monde éthérique, lequel peut être désigné en tout comme la trame des planètes dans la sphère délimitée par l’orbite de la Lune. A l’époque proto-perse, l’homme expérimenta différemment son propre rapport avec le monde de la pensée. L’entité de la pensée lui apparaissait vivante et animée, toutefois il percevait que l’être spirituel concret s’en était retiré. C’est de cette expérience que surgit son image du monde qui décrit l’être divin originel dans une lutte pérenne.

Michel vécut comme son destin, ce changement dans l’expérience pensante de l’humanité. Dans l’Inde antique, il voit son royaume solaire comprenant les planètes, se transformer à partir d’un complexe de sphères dans l’espace et un déroulement d’époques dans le temps. Avec la civilisation des sept Rishi se succède dans le temps ce qui, dans l’Atlantide, coexistait dans l’espace en tant que système d’oracles planétaires, dont dépendait l’humanité sur le plan de sa répartition géographique.

À présent, en Inde, se produit la naissance de l’écoulement du temps et débute la succession des cultures. Là est le berceau de tous les cycles de civilisation. Ce qui peut donner à tout moment des impulsions de vie à l’humanité, était identifié par la conscience indienne dans la figure d’Indra qui, en tant que préfiguration de Michel, devint lui-même tel, dès qu’il fut illuminé par la lumière du

Christ. La préparation à cette illumination advint pourtant en Perse antique. Comme une prophétie grandiose du Christ, et de ses apôtres, y apparaît Ormuzd au milieu de ses serviteurs. Michel donc, au moyen de la doctrine de Zarathoustra, agit en tant que pré-annonciateur de la future connaissance du Christ. Cependant, il n’apparaît pas là comme un dieu vénéré par un culte spécial, mais bien plus, il se contente de laisser rayonner la splendeur de sa lumière derrière laquelle il se dissimule en tant qu’entité propre.

Dans l’époque préchrétienne, Michel n’apparaît, en tant que figure divine concrète, qu’à la conscience nocturne, de sorte que les peuples “ diurnes ”, tel le proto-perse, principalement tourné vers le monde sensible, connaissent surtout son règne lumineux de sagesse et ne se sentent pas poussés à en vénérer la figure par un culte particulier. En vérité, déjà les phases les plus anciennes de la civilisation indo-germanique connurent Mithra en tant que dieu lumineux au milieu des autres dieux, mais ce n’est qu’à une époque suivante qu’apparurent les Mystères de Mithra dans le monde proto-perse. Ils appartenaient au degré d’évolution religieuse propre à ces domaines de civilisation dans lesquels le culte du taureau est chez lui. Dans la figure de Mithra la culture proto-perse tardive perçut en particulier l’image prophétique d’une évolution future. L’homme qui se relevait de l’emprisonnement dans la matière, en la dominant et en devenant ainsi lui-même un

Mithra vainqueur du taureau, un Michel, cela était représenté dans les Mystères de Mithra comme une impulsion pour l’avenir.

Qui faisait partie du domaine de la civilisation babylonienne, vivait par sa propre âme dans tout ce qui se révèle quand l’homme durant le sommeil est en rapport avec le monde spirituel. Dans une image merveilleuse, est représenté là l’agir de Michel, désormais honoré sous le nom de Mardouk.

Lorsque l’homme, durant le sommeil, pénétrait dans ce que nous expérimentons aujourd’hui comme des ténèbres, il se sentait uni à un caractère essentiel qu’il appelait Tiamat.

L’homme se sentait plus uni à l’essence du Tiamat qu’au monde des minéraux, des plantes et des animaux. Celui-ci, le monde qu’il connaissait à l’état éveillé, il l’appelait Apsu.

Le sens de l’évolution de l’humanité d’alors consistait dans un détachement progressif de l’expérience nocturne de la spiritualité pour en arriver à expérimenter la sagesse dans la pleine lumière du jour.

Afin pour que cela s’accomplît, le puissant Michel-Mardouk vint en aide à l’être humain. Celui-ci, le fils de la sagesse combattit le dragon du sommeil, le déchira et il sortit de Tiamat une légion de démons et de sa peau le haut et le bas, le scintillant monde des étoiles et la vie de la Terre germant des profondeurs obscures. Grâce à cette action de Michel, connue dans les écoles des Mystères de Chaldée, et revécues au moyen d’un exercice intérieur intense, l’humanité conquit progressivement la claire conscience de veille. En un tel moment, Michel guide l’homme d’un degré de conscience à l’autre.

De la Chaldée se séparèrent deux courants d’évolution. L’un mène à l’histoire du peuple hébreu qui, sous Abraham, sortit de la ville d’Ur en Chaldée. L’histoire du peuple hébreu se révèle comme le récit de la préparation du corps terrestre du Christ dans le cours des générations. Connexe à l’impulsion du Je-Suis, qui agit dans le sang de génération en génération, Michel apparaît à l’intérieur de ce courant. Il est en effet la face de Jahvé. Le second courant, provenant de la Chaldée est plus occulte, parce qu’il procède selon des voies purement spirituelles. Il mène lui de la Chaldée à la Grèce.

2. La sagesse des Mystères dans les catégories d’Aristote

Ce qui avait été expérimenté en Chaldée comme sagesse cosmique agissant dans le cours des étoiles, reparut en Grèce dans l’expérience de ce qui, des étoiles, est le reflet terrestre, dans la perception de la vie bourgeonnante de la Terre. L’homme grec était en effet entièrement consacré au vivant. Il faisait l’expérience de la pensée, sinon plus imprégnée d’âme, du moins encore comme quelque chose de vivant. En vérité, les arts qui furent désignés au Moyen Âge comme les arts libéraux, et dont on avait encore connaissance qu’ils devaient se comprendre en rapport avec les activités des planètes, naquirent de la pensée vivante qui depuis l’Asie Mineure avait pénétré en

Grèce. La Grammaire, la Rhétorique, la Dialectique, l’Arithmétique, la Géométrie, la Musique, l’Astronomie, apparurent au Moyen Âge comme servantes de la déesse Nature, laquelle est la même entité vénérée dans les mystères grecs sous le nom de Perséphone. Elle, la fille de Déméter enlevée par Pluton, est la représentante de l’âme humaine agrippée par les forces de la Terre, mais qui a conservé la vie dans le royaume de la mort. Tout ce qui s’est développé ensuite comme logique et docte savoir est une image spirituelle de l’activité animique (ou psychique au sens large) de Perséphone.

Ce qui plus tard, ne fut plus transmis que sous le mythe de Perséphone, en formant le contenu des

Mystère d’Éleusis, était encore une réalité historiquement concrète à Éphèse, dans l’époque antérieure à celle de Platon. Alors, l’expérience du monde supérieur et de celui inférieur, née grâce à l’action de Mardouk, continua à vivre dans les âmes des maîtres et des disciples. Celle qui devint ensuite la notion abstraite de déesse Nature, possédait encore à Éphèse une réelle entité remplie d’âme. Ceux qui, dans ces Mystères, cultivaient ce que nous appellerions nous, une connaissance de la nature, abordaient celle-ci selon deux voies différentes de l’âme. Les uns expérimentaient plutôt la force qui, montant vers l’intériorité de l’homme depuis le monde inférieur, saisit le spirituel comme est portée à le faire l’âme par impulsion d’amour; les autres expérimentaient la quiétude débordante de sagesse, qui, affluant des hauteurs sidérales, donne forme à ce qui vient à sa rencontre avec chaleur du monde inférieur. Ainsi, dans un échange intime des forces de l’âme, naissait une connaissance de la nature tramée par ce que les âmes pouvaient expérimenter l’une par l’intermédiaire de l’autre.

Perséphone-Nature devint donc un être unitaire, lequel représentait autant l’âme humaine que la nature. Les âmes qui, brûlant ardemment pour le spirituel, le recherchaient encore avec les forces du monde inférieur, les âmes des disciples, pouvaient s’élever aux mêmes principes formateurs du monde supérieur, grâce à la quiétude sidérale du maître initié.

Ce merveilleux mode cognitif, basé sur une capacité de ressentir affinée et qui était en même temps une connaissance de la nature et une trame tissée dans l’élément de l’âme, s’est transformé avec la philosophie d’Aristote dans les deux concepts de forme et de matière. La vie luxuriante des Mystères finit ainsi dans la forme morte du concept, mais uniquement pour être sauvée durant cette époque-là, bien éloignée de l’expérience suprasensible, qui dut pour quelque temps procéder selon des voies purement terrestres. En tant que gardien de l’expérience des mystères, Aristote renferma de celle-ci dans le monde des pensées humaines autant que ce qui pût servir à l’homme comme viatique ; Alors que cela s’accomplissait dans la vie de la pensée humaine et qu’était ainsi apprêté l’instrument pour la connaissance de la Manifestation Divine devant se faire chair, le peuple hébreu préparait le corps destiné à devenir le réceptacle de Dieu qui était en train de descendre. Cela put advenir à la seule condition qu’il renonçât pour soi à ce qui, dans une large mesure, empreignait l’essence du monde grec. Le peuple hébreu ne produisit ni sculpture, ni architecture. Il engagea toutes ses énergies formatrices pour donner forme au corps, auquel œuvrèrent des générations entières.

Michel, la face de Dieu, a produit au sein du peuple hébreu une transformation complète de la conscience. Celle-ci s’est définitivement achevée, après certaines préparations, avec Moïse. Quand on dit de celui-ci que « l’Ange du Seigneur lui apparut sur le Mont Horeb dans le buisson ardent », cela signifie que Moïse, en vertu d’une vision de l’âme et grâce à la médiation de l’Ange du Seigneur, s’éleva au Divin. Cela avait été jusqu’alors la manière dont l’homme avait expérimenté le « Je » immergé dans la conscience d’ensemble de son peuple, pénétrée d’essence divine. Dans cet Ange agissait l’entité d’Élie, l’une des deux forces de Michel. L’autre force de Michel se manifesta sur le

Mont Sinaï dans l’éclair et le tonnerre. Dans l’éclair, Moïse fit l’expérience clairvoyante de la sagesse qui, sous la guidance de Michel, pénètre dans la tête humaine. Moïse vit cela de manière clairvoyante, mais en même temps se déposa le germe d’une évolution qui, à partir de la clairvoyance conduit à la simple intellectualité. Grâce à cette évolution intellectuelle, l’homme se reconnaît comme un « Je » dans le domaine de la pensée réfléchie. C’est pour cela que Michel est appelé “ la face de Jahvé ”, au moyen de laquelle pénètre l’impulsion du Je-Suis.

De cette manière, sous l’influence et la guidance de Michel, l’humanité devint plus intellectuelle, en se raffermissant également dans l’expérience de la personnalité terrestre.

À partir du septième siècle avant Jésus-Christ environ, jusqu’à l’époque d’Aristote et d’Alexandre le Grand, Michel développe une activité intense, puisqu’à ce moment il guide directement l’humanité, sans la médiation d’aucune autre entité archangélique. Il s’agit en effet d’une époque de régence directe de Michel.

La riche activité spirituelle, qui s’était d’abord cultivée dans des centres spirituels isolés, se répand à présent dans de vastes régions de la Terre. Éphèse était l’un de ces centres spirituels puissants d’où se diffusa la sagesse dans le monde. Même le Christianisme johannique y trouva son berceau.

Quand, en 365 av. J.-C. le temple d’Éphèse fut incendié, cela fut le signe que la sagesse qui s’était concentrée en ce lieu, ne continuerait dorénavant à vivre que dans les âmes de ceux qui l’avaient reçue et qui, désormais, en puisant au trésor de leur propre âme, la porteraient là où leur destinée les guidât.

Cratyle fut un initié de la sagesse des Mystères d’Éphèse et disciple d’Héraclite. Comme source principale à son sujet on mentionne le dialogue de Platon qui lui est dédié, outre quelques brèves allusions dans la Métaphysique et dans la Rhétorique d’Aristote. Héraclite parlait de l’écoulement des choses en opposition au monde de l’éternité. Cratyle approfondit cette doctrine. Il voyait en effet dans l’éternité même non pas le repos, mais l’infinie mobilité des archétypes spirituels des choses.

Tandis qu’Héraclite s’élevait contre Homère, parce que celui-ci avait décrit le monde des choses éphémères, Cratyle était un admirateur d’Homère. Il l’aimait parce qu’il trouvait en lui la compréhension pour le type d’imposition des noms que pratiquaient les dieux, différent de celui pratiqué par les hommes. Les dieux donnaient en effet aux choses et aux êtres le nom qui leur revenait selon la vérité et qui au travers de son retentissement sonore exprimait leur essence. C’est là le germe de la philosophie de Platon, un élève de Cratyle, qui prend garde aux idées sur lesquelles se fondent les choses, comme Cratyle prend garde aux noms éternels qui désignent leur être vrai. On distingue ainsi un courant spirituel ininterrompu qui, depuis Éphèse, par l’intermédiaire de Cratyle, rejoint Platon et Aristote. Toutes ces personnalités sont animées de l’intention de faire de l’éphémère réalité terrestre une image de la réalité éternelle, de percevoir dans l’élément singulier, dans le particulier, la pulsation des dimensions universelles. Ceci est en vérité le signe d’une époque orientée vers Michel.

Aristote, qui connaissait les secrets des Mystères antiques, a communiqué dans ses écrits beaucoup de choses tirées des doctrines des Mystères, mais sous une forme qui exprimait en pensées ce qui avait été l’objet de visions dans le passé. C’est pour cela qu’il fut le premier penseur occidental. Il fut conduit à ce tournant, décisif pour l’entière culture occidentale, suite à une vision spirituelle qu’il avait eue à Samothrace, sur cette île sauvage et difficilement accessible, qui se dresse haute sur la mer, battue par les tempêtes, siège de Mystères très, très anciens. Alors que, dans la période où il fut le maître d’Alexandre le Grand, il séjournait en ce lieu, il regarda en esprit dans la direction de la côte de l’Asie mineure. Dans une vision grandiose se présenta à lui ce qui était advenu, bien des années auparavant, dans l’incendie d’Éphèse. En une telle circonstance avait été perdue, dans sa forme de sagesse terrestre, la sagesse gardée à l’intérieur des Mystères éphésiens. Elle s’imprima toutefois dans l’éther universel à partir duquel Aristote fut en mesure de la déchiffrer. Il sut ainsi que l’heure était venue où les antiques mystères devaient disparaître, où la vie commune des dieux avec les hommes parvenait à son déclin et de toute la magnificence divine il ne serait resté à l’homme, que ce qui à partir des sphères supérieures se manifestait dans l’existence terrestre. À partir de ce moment, la sublime vision de la domination des essences divines devaient disparaître et la nature se présenter comme le champ d’action des forces ou énergies, qui la pénétraient.

Aristote reconnut que dorénavant les hommes devaient vivre séparés des Hiérarchies divines et, inspiré par ce qui de grandiose s’était ainsi révélé à lui, il forgea une écriture universelle, au moyen de laquelle pouvaient être lus les secrets du Cosmos et de l’homme.

Il y a quatre types de Mystères qui se sont succédé au cours du temps.

-        Le premier type, les fameux Mystères Antiques étaient des lieux où s’instaurait un rapport immédiat entre les initiés, les prêtres, et les dieux. Homme et dieux s’y retrouvaient, pour ainsi dire, face à face, les uns en face des autres. Cela se produisait dans les Oracles atlantes et encore dans les lieux d’ascendance atlante, comme ce lieu décrit dans la grande épopée babylonienne en tant que demeure de Xisuthros, oùse rendit Gilgamesh.

-        Le second type, étaient ce qu’on appelait les Mystères semi-antiques, dont Homère marque et représente la transition. Dans ses poèmes, il fait paraître les dieux et les hommes encore unis, mais les premiers ne se montrent plus dans leur visage divino-éthérique. Ils s’incarnent plutôt dans des êtres humains chez lesquels ils s’expriment, se manifestent, en prenant l’apparence de telle ou telle personne. Homère les décrit ainsi. Partout dans ses poèmes, nous voyons les hommes placés en face de l’interrogation: celui-là qui me parle là, en me donnant conseil, est-ce un dieu ou est-ce un homme ? Les dieux s’annonçaient au travers des hommes. Tel était donc le second type de Mystères : une “ personnification ”, une expression des dieux au travers des hommes. Cela advint dans l’époque qui va d’Homère à Aristote. Les Mystères éphésiens faisaient encore partie de cette sorte de Mystères. Celle qui y était vénérée comme Diane, se manifestait au travers d’un être humain, et exprimait, par son intermédiaire, ce que la divinité avait à annoncer. Aristote se rendit compte alors, à Samothrace, que ce type de Mystères était parvenu à son terme.

-        Le troisième type, étaient des Mystères qu’on appelait semi-nouveaux. En eux les dieux se manifestaient dans ce que l’homme accomplissait en tant que rituel magico-alchimique ou en processus naturels, dans lesquels la nature extérieure agissait d’une manière semblable à l’opération d’un alchimiste. Dans des vases liturgiques consacrés aux divinités Cabires, le prêtre enflammait une substance dont s’élevait une fumée sacrificielle et donnait ainsi forme à cette dernière, au moyen de paroles rituelles prononcées par lui. Dans ce qui découlait de l’efficacité de la parole, et de l’œuvre des mains qui préparaient la substance produisant la fumée, se révélait en formes évanescentes la figure des dieux. Le prêtre la “ modelait ” par la parole. C’est là l’origine de la sculpture grecque. Avant d’être sculptée dans le marbre, elle fut sculptée par la parole que le prêtre prononçait dans la fumée sacrificielle. L’Oracle de Delphes avait un caractère similaire, lequel se fondait pourtant sur l’action de la nature extrahumaine. Ici, c’était la nature qui préparait la vapeur qui sortait de la fente du rocher et qui s’enroulait par la vallée en prenant la forme d’un dragon plutonien. Apollon lançait ses flèches contre ce dragon. La Pythie, trônant sur le haut tripode, au-dessus de la vapeur sulfureuse, y prononçait, dans un état de rêve clairvoyant, des paroles que le prêtre d’Apollon rendait ensuite en d’admirables formes poétiques. Les Mystères de ce type étaient donc une victoire sur le dragon provoquée par la force harmonisante d’Apollon. Ils dissimulaient pourtant un danger. Ils étaient plus facilement sujets à la corruption que les précédents. C’est seulement quand Apollon vainquait vraiment, quand le dragon plutonien, au travers de la parole solaire, était transformé, que ces Mystères étaient bons et fondés à ordonner le monde. Faire en sorte qu’ils se gardassent longuement tel, ce fut une importante action de Michel. À cette action était lié Aristote. Par sa doctrine des catégories, il créa la forme qui devait préserver, durant l’époque caractérisée comme la troisième de l’évolution des Mystères, ce qui constituait le don des Hiérarchies divines aux hommes. Étant donné toutefois, que les Hiérarchies se retiraient toujours plus du monde, qui se présentait désormais comme leur œuvre, mais une œuvre sans âme, Aristote donna par ses catégories, non plus une description des êtres et de leurs manifestations, mais plutôt des termes techniques qui renfermaient pourtant un profond contenu ésotérique. Dans la catégorie se discernèrent pourtant durant tout le Moyen Âge et encore à une époque plus récente, rien d’autre que des concepts morts. Aristote parle de la catégorie de la “ relation ”.

Une autre catégorie d’Aristote est celle de la “ quantité ”. Tout ce qui concerne la mesure, le nombre et le poids appartient à cette catégorie. L’homme pleinement harmonisé dans ses forces d’âme, a réalisé en soi ce que la mesure, le nombre et le poids peuvent donner au penser, au sentir et au vouloir. Il a trouvé sa propre note universelle.

Ce qui est désigné comme “ qualité ”, apparaît dans le fait que celui-ci est immergé dans un champ de forces non seulement physiques, mais aussi suprasensibles, provenant des planètes, des étoiles fixes ou de l’extrême périphérie de l’univers, appelées respectivement forces éthériques, astrales et du « Je ».

“ Espace ” désigne l’état d’être “ l’une à côté de l’autre ” des choses dans l’univers. Dans sa vaste cosmologie. Le “ temps ”, la “ succession ”, embrasse, dans l’image du monde, les états cosmologiques des phases successives de l’évolution de la Terre, avec les changements géologiques relatifs et les époques de culture. Le temps apparaît ici discontinu, ou bien interrompu, à chaque fois que le processus cosmique se retire du domaine de la manifestation vers l’état de pure essence, laquelle concerne le domaine de la durée éternelle. Cette progression du devenir universel au travers de diverses formes d’existence, est ce qui est contemplé depuis la catégorie “ position ”. La position n’est pas seulement comprise au sens spatial, mais désigne aussi sur quel plan de l’existence, c’est à-dire en quel domaine terrestre ou supraterrestre, quelque chose survient. Par exemple, ce que Rudolf Steiner désigne comme “ monde éthérique ” ou “ monde spirituel ” rentre dans cette catégorie.

“ Agir ” est tout ce que manifeste le spirituel, et donc l’évolution entière de sa progression. “ Subir ” est tout ce qui entrave une telle évolution. Ce qui est caractérisé comme action luciférienne ou ahrimanienne concerne la catégorie du “ subir ”. À l’agir et au subir se connecte également la destinée (karma).

“ Substance ” est ce qui subsiste dans son essentialité. Le concret déterminé, par exemple, l’homme singulier. Elle n’est donc pas la simple substance matérielle, comme l’argent, l’or et leurs transformations, mais plutôt la matérialité, dans sa détermination cosmologique, en tant qu’elle existe ici et maintenant. La catégorie de “ substance ” englobe aussi l’animico-spirituel ou psycho spirituel de l’homme après la mort, avec les transformations relatives. Force et substance ne se distinguent pas dans les mondes supérieurs, de sorte que dans ce domaine, les deux termes peuvent être indifféremment employés.

“ Avoir ” est la condition par laquelle un être révèle sa propre “ aura ”, ou bien son propre vêtement intérieur, se manifestant à l’extérieur en vertu de l’âme, sans dévier vers le côté ahrimanien ou celui luciférien : la manifestation de l’âme dans un équilibre parfait, donc ce qui est en rapport avec le

Christ.

3. Le Mystère du Golgotha.

Alors que s’accomplit le Mystère du Golgotha, Michel et ses disciples se trouvaient dans la sphère du Soleil. Tous les hommes ne sont pas incarnés en même temps sur la Terre, et ainsi ne l’étaient pas justement ces âmes qui avaient pris part à l’époque précédente de régence de Michel. Sur la Terre se trouvait pourtant un autre courant de Michel. Son guide est, comme nous le savons, l’entité d’Élie, l’Ange que le Seigneur envoie devant lui. Il était alors incarné comme Jean Baptiste.

Dans les hauteurs spirituelles, Michel était le gardien des Mystères. Dans la vie du Christ sur la

Terre se présenta, ouvertement aux yeux de tous, le contenu de ce qui, dans le passé, s’était déroulé dans le secret des Mystères : ce qui avait été, jusqu’alors un fait mystique se manifestait à présent comme fait historique. À présent, le fait mystique, à savoir le contenu d’une voyance spirituelle plus ancienne, devenait en même temps un événement historique. Cette révélation des Mystères fut décisive pour la destinée de Michel. Celui-ci avait été jusqu’alors, comme nous l’avons déjà illustré au début de ce texte, un être qui se manifestait à l’homme dans l’expérience nocturne. Il ne se montrait dans la plénitude de sa puissance qu’aux peuples nocturnes. À présent, les mystères furent dévoilés.

Le rideau, au cœur du sanctuaire de Jahvé, se déchira. Jusqu’alors, Michel avait été la face de Jahvé. À présent, il devenait le serviteur du Christ.

Pour l’humanité, cela comporta un changement grandiose dans l’expérience du monde spirituel.

Avant le Christ, la voix prophétique du divin parlait à l’homme en expériences nocturnes. Cet accès au spirituel changea. L’homme devait apprendre à participer à la vie divine dans la conscience diurne éveillée et non plus dans ses rêves nocturnes. Michel vint alors au-devant de lui dans cette transformation. Désormais, une puissance supérieure lui revenait en propre. Grâce au Mystère du

Golgotha, d’esprit guide du peuple hébreu, Michel, devint un esprit au rayonnement dépassant les limites d’une communauté de sang déterminée. Ceci apparaît dans la tendance du Christianisme à prendre en considération, dès le début, les Grecs et les Gentils, en plus des Hébreux, comme on le voit dans les actes de Paul. Une impulsion cosmopolite prit donc la place de l’ancien lien avec Jahvé. Une action solaire se déroula dans l’époque de l’obscurité. Quoiqu’une telle période ne coïncidât point avec une époque de Michel, la direction de l’époque revenant en effet à l’Esprit de l’obscur Saturne, la descente de l’Esprit solaire sur la Terre fit en sorte toutefois que Michel développât une activité cosmopolite, qui s’est adressée à tous les peuples, pendant la régence d’Oriphiel. On en arriva ainsi à la grandiose diffusion du Christianisme, laquelle se réalisa de manière quasi souterraine, non perçue dans son importance par l’humanité d’alors. À l’ère lunaire de Jahvé succéda l’ère solaire du Christ.

À chaque fois qu’il advient une transition de la Lune et de son activité à l’être du Soleil, apparaît en tant que médiateur, Raphaël, l’Esprit de Mercure. Son action est clairement perceptible au temps du Mystère du Golgotha. Les Anciens lui avaient attribué le sceptre sur lequel s’enroulaient le serpent blanc et celui qui est noir, symbolisant l’évolution ascendante et descendante de l’expérience nocturne et celle la clarté éveillée du jour. Il intervient donc dans cette transition grandiose qui s’accomplit dans la conscience des peuples, tandis que ceux-ci, tout en vivant dans une époque d’Oriphiel, se soustraient à la nuit et se tournent vers le Soleil spirituel. Ceci est la raison pour laquelle, dans l’histoire des trois cents ans qui suivent, Michel apparaît partout comme guérisseur [Saint-Michel-Mont-Mercure, est une petite commune de Vendée qui rappelle cette association de Michel avec Raphaël/Mercure en particulier dans son église]. Raphaël est le patron de l’art médical, et tout comme Christ agit en Sauveur, Michel se manifeste en tant que guérisseur.

En cette qualité, un sanctuaire lui est dédié à proximité d’Éphèse, à Chonae. La légende raconte qu’il fut érigé par un homme de Laodicée, dont la fille avait été guérie par les eaux d’une source miraculeuse. Cette source avait jailli au lieu même où, peu avant, Jean et Philippe avaient annoncé au peuple qu’allait s’y manifester l’Archange Michel. Joseph d’Arimathie, qui est traditionnellement représenté avec la coupe et le bâton noueux, apparaît comme une métamorphose du préchrétien Asclépios. Le dieu grec de la médecine tenait dans une main le bâton autour duquel s’entortillait un serpent, et dans l’autre la coupe. Suite à l’événement du Golgotha, le serpent est devenu une colombe qui plane au-dessus de la coupe. La légende du Graal se réfère à la coupe remplie du sang du Christ surmontée de la colombe, une légende qui s’est construite en une époque où Raphaël était l’Esprit guide. Raphaël apparaît ainsi lié à la nouvelle activité de Michel. Le mouvement rosicrucien du Moyen-Âge connaissait ce secret de Raphaël, au point que dans certaines peintures rosicruciennes, Mercure se trouve représenté en tant que calice dans lequel le Soleil et la Lune déversent leur lumière respectivement d’or et d’argent.

Avec l’entrée dans le grand avènement du Mystère du Golgotha dans l’histoire de l’humanité, s’était produit quelque chose à quoi devait se confronter toute âme humaine. Le Christ avait vécu le Mystère du Golgotha pour tous les hommes.

Mais toutes les âmes humaines n’ont pas pris part à cet événement dans un corps terrestre pendant une incarnation physique. Il y avait aussi des âmes qui, au temps du Christ, se trouvaient dans le monde spirituel, dans le temps qui suit une mort et précède une nouvelle naissance. En faisaient aussi partie ces âmes qui, dans leur ultime vie terrestre, avaient été contemporaines d’Aristote et qui en avaient accueilli les enseignements. Elles ne purent donc venir à la connaissance du Christianisme, dans sa forme terrestre, que dans une incarnation ultérieure.

Quand survint le neuvième siècle après le Christ, des âmes importantes de l’époque d’Aristote étaient à nouveau incarnées sur la Terre. Entre temps, l’évolution terrestre de l’humanité avait emprunté le cours suivant. Au Sud de l’Europe et dans certains territoires particuliers de l’Afrique du Nord, se trouvaient alors les porteurs de la civilisation. Les hommes qui vivaient dans ces régions ressentaient encore la pensée, sous l’influence posthume de la philosophie grecque, comme quelque chose à recevoir passivement au moyen d’une révélation du monde spirituel ou par le truchement de la Tradition. Ce qui allait lui succéder, à savoir l’expérience d’une formation autonome des pensées, à partir du quatrième siècle après le Christ, n’existait pas encore chez ces hommes du Sud. C’est seulement à partir du moment où, avec l’apport migratoire des peuples, les races germaniques du Nord firent irruption dans le Sud, qu’apparurent des hommes portant en eux la disposition à faire l’expérience de la pensée comme un produit de leur propre activité. Cette manière d’expérimenter la pensée demeura cependant à l’état latent pour quelques temps, encore réprimée par la civilisation gréco-latine, avant de s’affirmer progressivement à partir du onzième siècle. Il s’agit donc, encore une fois, d’un changement dans la conscience de l’humanité. À la réaction passive des pensées se substitue alors leur formation active. La passivité dans la pensée est encore un résidu de l’attitude passive propre à l’âme préchrétienne rêveuse. L’activité dans la pensée est un éveil à ce que Michel, après le mystère du Golgotha, souhaite pour l’humanité.

Alors qu’au neuvième siècle, les contemporains d’Aristote redescendirent dans l’existence terrestre, ils trouvèrent encore une disposition d’âme pour laquelle au moins quelques individus étaient en état de faire l’expérience des pensées en tant que dons divins. Dans l’incarnation du neuvième siècle, à laquelle on fait allusion ici, une âme qui, dans sa vie précédente, avait vécu entièrement dans la sagesse, pouvait progresser sous réserve que, renonçant à la sagesse même pour cette vie, elle devînt tout dévouement. Nous devons nous représenter que la force par laquelle l’âme s’était immergée dans le passé dans les pensées philosophiques, se transforme à présent en une intense et profonde activité du sentiment, par laquelle on se tourne vers le monde, en le contemplant. C’était comme si la sagesse, qui renaît ainsi dans l’âme devenue individuelle, s’était transformée en amour rayonnant. Ainsi ces âmes devinrent-elles chrétiennes. Cela s’est déroulé dans ces territoires où se rencontrèrent le courant des peuples nordiques et celui des peuples méridionaux, détenteurs de l’antique civilisation. Là dans ces vastes forêts qui recouvraient encore l’Europe occidentale, le Christianisme irlandais avait encore pu répandre le message chrétien de sa manière si caractéristique. Cela s’est probablement produit, non pas là où se trouvaient de grands établissements, mais plutôt dans la solitude d’un environnement naturel poétique, dans le bois ou la grotte [de l’ermite, par exemple, d’où le nom donné en certains lieux « Mont des Ermites », par exemple à Vicoigne-Raismes].

C’est de cette façon que la sagesse de l’Antiquité, imprégnée par l’amour et le dévouement à la nature d’un christianisme empreint d’une vaste activité des sentiments, débouchera dans la floraison admirable de la Scolastique. Ce qui s’est accompli dans les âmes comme transformation intime de la vie de la pensée, est en même temps une conséquence de l’action de Michel.

Il conduisit l’humanité de la sagesse antique à la liberté, à l’activité d’un penser autonome, afin qu’elle pût un jour retrouver, d’elle-même, le chemin vers le divin. En tant que gardien de cette activité volitive du mental et promoteur de sa transformation, Michel est représenté dans les légendes du quatrième au septième siècle. Dans la Scolastique du treizième siècle, la pensée atteint ensuite sa finition maximale.

La révolution, que la Scolastique produisit dans l’humanité en ce milieu du treizième siècle, fut très profonde. Comme un grand bouleversement géologique transforme complètement le visage de la

Terre, au point que là où, avant il y avait la terre ferme, il y a désormais la mer et là où il y avait la mer, émerge à présent une masse continentale, la Scolastique agit de la même façon dans la configuration spirituelle de l’humanité. Tandis que précédemment, avec un langage encore riche d’images, l’élément mythologique imprégnait la philosophie de l’époque en forme d’allégorie, il disparaît à présent pour faire place à un pur langage conceptuel finement ciselé. Le monachisme devient le véhicule de cette impulsion culturelle. La philosophie aristotélicienne se fait l’interprète de la nature et du christianisme, en supplantant de plus en plus le langage imaginatif platonicien et néoplatonicien. Un monde poétique disparaît pour faire place à un monde cristallin aux contours nets, constitué de claires pensées, dans les formes transparentes desquelles se reflète la lumière intelligible dans toute sa richesse de coloris. L’instrument de la vie spirituelle cognitive est ainsi élaboré qui se configurera à son tour, quelques siècles plus tard, dans la pensée des sciences naturelles.

Au long de ces siècles, une partie de l’humanité, retirée dans la solitude des cellules conventuelles, prépare cet instrument. C’est comme si cette partie de l’humanité s’acquittait dans sa vie terrestre avant la mort, d’un morceau de vie extraterrestre, en arrachant à l’au-delà ce qu’il faut à l’humanité moderne comme expérience des forces de la mort. Dans les Ordres religieux du Moyen Âge sont ainsi éduquées les forces de l’âme actives dans l’être humain. Nous voyons par exemple les Dominicains cultiver surtout la vie lumineuse du mental, tandis que les Cisterciens portent, comme trait particulier de leur être, les impulsions d’une libre culture du vouloir. Les Franciscains, à leur tour, cultivent principalement la vie des sentiments. Chacun de ces Ordres développe avec une certaine spécialisation, une forme particulière d’intériorité.

En Thomas d’Aquin, apparaît le fait admirable qu’en s’élevant au-dessus de tous ses contemporains, il porte en lui, comme une énergie intime de l’âme, le monde désormais en déclin de la poésie, converti en une grandiose architecture de pensées et, tout en étant aussi capable pour sa part d’une pleine expérience spirituelle, il ne communique de celle-ci, en considération du progrès de l’humanité, que ce qui peut prendre une forme en mesure de s’adapter au type de connaissance qui caractérisera les siècles suivants.

Joachim de Flore avait raison quand il faisait survenir à cette époque l’avènement de l’ère de l’Évangile éternel, qui devait surgir après l’achèvement de l’ère du Père dans les temps préchrétiens et de l’ère du Fils dans les temps chrétiens. À présent, l’humanité entrait dans la troisième phase, dans l’ère de l’Esprit Saint. Tel fut le grand bouleversement géologico-spirituel qui s’est réalisé au

Treizième siècle.

4. La régence de l’Archange Michel

Tandis que s’accomplissait la révolution spirituelle de la Scolastique, l’Archange Michel, le dispensateur de l’Intelligence cosmique, disposait toute chose afin que dans une époque future pût être réunie au sein d’une harmonie grandiose ce qui était alors en train de se développer en suivant une direction partielle.

Comme dans l’existence du Soi, les forces du mental de la perception et de la volonté se réunissaient dans la Pensée, le Ressenti, la Volonté, ainsi devait être réuni à l’avenir ce qui avait été élaboré dans les Ordres religieux singuliers. La tâche de l’existentiel  n’était d’ailleurs pas celle de s’immerger dans les forces de l’âme, comme c’était advenu à l’occasion de la chute de Lucifer, mais de faire le contraire.

Il s’agissait de réunir en haut, dans les mondes spirituels, ce qui s’était différencié sur la Terre. Cela est advenu de fait, tandis que sur la Terre la différenciation des choses suivaient son cours.

Cette différenciation progressive ne se révèle pas seulement dans l’ésotérisme particulier des Ordres religieux, mais aussi dans l’histoire ésotérique des peuples. L’Angleterre se séparait toujours plus nettement de la France. Ceci n’était que le symbole extérieur de l’élucidation, à partir des forces de l’âme rationnelle, d’une nouvelle conscience qui, en se fondant sur l’action autonome, donnait forme, au moyen de l’observation et de la pensée, à une nouvelle image du monde. Dans cette affaire intervint la Pucelle D’Orléans. Sa mission consista à se mettre au service de Michel, afin que se configurât une culture de l’âme consciente, destinée à éduquer la pensée libre des sens et l’observation tournée sur le phénomène pur. Pour cela, il fallait séparer la population romane de celle anglo-saxonne. Nous voyons ainsi Michel préparer l’avènement de l’ère moderne, en unissant dans les hauteurs spirituelles et en différenciant dans le monde terrestre. Dans les conceptions de cette nouvelle ère, est en train de se configurer une image de l’univers qui place le Soleil au centre, le Soleil dont l’esprit est Michel.

Tel un rayonnement de tout ce qui s’était produit dans les mondes spirituels, apparaît sur Terre l’impulsion cosmopolite des grands voyages d’exploration. Les découvreurs de nouvelles terres ont agi en étant animés d’un vrai courage michaélique, quoique appartenant à une époque de régence de l’Esprit de Mars. Les motivations inférieures de leurs âmes recevaient l’impulsion de Samaël, l’Esprit de Mars ; leur vocation supérieure, leur finalité cosmopolite et religieuse, provenait de Michel. Dans la recherche du royaume mystérieux du Prêtre Jean, duquel ils tiraient leur incitation aux voyages d’exploration, se reflète la manière dont on imaginait l’action de Michel dans les hauteurs spirituelles. Michel est l’esprit qui garde la mémoire des Mystères du passé dans les époques ultérieures de l’humanité, afin que la vie du présent et de l’avenir puisse s’éveiller grâce à l’expérience et au sentiment conférés par les antiques magnificences divines. Il suscitait alors dans l’humanité terrestre, en la mettant spirituellement en rapport avec le passé, la recherche qui aurait fait naître une nouvelle ère. Le royaume du Prêtre Jean, qui par ses lettres intervint dans l’orientation des destinées du monde, doit être recherché dans le suprasensible. Dans les mondes spirituels se trouvait le centre de rayonnement qui se manifestait sur la Terre en inspirant des actions cosmopolites.

Comment se mêlèrent  dans ce processus les obscures forces adverses, guidées par l’adversaire du règne lumineux de Michel, c’est ce qu’atteste l’histoire, là où la convoitise de l’or et les intérêts égoïstes troublèrent les impulsions pures à l’origine des grandes explorations. L’époque moderne naquit ainsi dans la lutte entre les forces de Michel et leurs opposantes. Cela se révèle par exemple dans l’invention de l’imprimerie. Avec elle apparaissait dans l’humanité une impulsion apte à conférer à la vie culturelle une ampleur cosmopolite, mais tout en la vidant également de sa spiritualité. Ahrimane pénétra ainsi dans la culture humaine, et à ce moment la seule interrogation était de savoir quelle direction prendrait ses impulsions dans les âmes.

Au quinzième siècle, s’est ainsi accompli un tournant grandiose qui a fait naître l’époque moderne.

La conception matérialiste du monde devint commune et la préservation de la vie spirituelle se retira dans le cœur d’hommes souvent très simples, lesquels, en des lieux consacrés assuraient la continuation de l’évolution spirituelle.

Alors que le développement croissant d’une pensée poussée jusqu’à la subtilité, induisait les hommes au doute, dont portent témoignage, non seulement des écrits philosophiques, mais aussi les canons de certains Conciles, enracinée dans la certitude, que derrière tout ce qui est physique, il existe un monde spirituel. L’accès aux expériences spirituelles de ce type s’ouvrait grâce aux forces de l’âme capables de reconnaître dans les profondeurs du sentiment et dans la dévotion des véhicules de connaissance, tandis que le reste du monde exigeait, au fur et à mesure que s’éveillait l’âme de conscience, des preuves rationnelles. Bien qu’il n’y eût que très peu d’hommes qui, même en secret, cultivaient cette relation au suprasensible, en se tournant vers le spirituel dans toute la chaleur de leur âme, un courant de vie spirituelle ininterrompue continua de couler grâce à eux.

Michel se trouvait autant auprès de ceux qui expérimentaient encore le monde spirituel en imaginations vivantes, qu’auprès des autres qui ne saisissaient plus que sous forme d’idées ce qu’était jadis le contenu imaginatif. Il ne perdit l’accès aux âmes que dans ces cas où le doute et la soif des preuves rationnelles les séparaient de la réalité du monde spirituel. En tant qu’idéal d’expérience de l’âme de conscience se présente donc le pouvoir de conjuguer en une pleine harmonie l’expérience spirituelle réelle avec la vie dans l’idée pure. Cette dernière correspond en effet à l’âme consciente ; l’expérience imaginative est une faculté supérieure de cette même âme consciente. Michel prend ainsi part à l’expérience suprasensible ou à celle idéelle des hommes.

En observant ce qui se déroule dans la période qui va du quinzième au dix-neuvième siècle, on aperçoit clairement comment l’humanité, dans un premier temps, avec la Renaissance et la Réforme, tourne son regard vers le passé, puis, dans un second temps, développe une forte conscience du présent, dans laquelle la personnalité humaine s’affirme avec vigueur, et qu’elle ressent enfin avec une intensité croissante. L’aspiration ardente à une reconfiguration de tous les rapports humains se révèle dans la Révolution française, qui s’est produite à la suite de l’afflux des impulsions de l’âme consciente d’Angleterre en France. La Révolution française n’a pourtant pas réalisé tout ce qu’exigeait le progrès de l’humanité.

En cette époque les peuples s’ouvrirent réciproquement, en échangeant leurs propres contenus d’âme. Les idées libérales, anglaises et américaines se diffusèrent en France. La France à son tour influença l’Allemagne au plan culturel. Ce qui se déployait en Allemagne fut avidement absorbé par l’Europe orientale. Un courant spirituel psychique se mit ainsi à agir d’Ouest en Est. En lui se manifestait ce qui, en accord avec la mission de Michel, aurait dû naître de la vie commune des peuples.

Une dernière tentative puissante d’imprimer au cours des événements une direction juste fut réalisée par la Comte de Saint Germain, lequel tenta de rappeler au peuple français le devoir qui lui incombait dans l’esprit de ses grands défunts, au cas où il eût voulu écouter la voix de ceux qui avait franchi le seuil du monde spirituel. Son intention était de créer un nouvel ordre social sur la base d’impulsions culturelles, toutefois il ne put imposer sa volonté. Il joua un rôle dans l’histoire d’alors beaucoup plus important que tout ce que lui attribue l’historiographie commune.

À la suite de l’échec de sa tentative, la grandiose impulsion spirituelle de l’époque ne put rencontrer d’organisme social dans lequel s’incarner.

Surgit alors Napoléon. Avec lui pénétra en Europe l’esprit de l’antique absolutisme pharaonique et les impulsions du sang se mirent à déterminer les destinées des peuples. Grâce à la Campagne d’Égypte, l’Europe découvrit les momies et les trésors artistiques de cette civilisation antique et, peu à peu, suite aux découvertes de Champollion, elle apprit à lire les hiéroglyphes. Mais en même temps, elle était asservie à une civilisation purement extérieure et dépourvue d’âme.

5. L’image de l’Apocalypse et l’avenir de l’humanité

Nous vivons dans une époque où, grâce à Michel, le dragon n’agit plus dans le Cosmos. Le dragon, qui était à l’origine une réalité cosmique, a été absorbé dans l’élément substantiel de la Terre. Il est la figure imaginative de ce qui est désigné comme monde astral, dans la mesure où ce monde comprend toutes les forces spirituelles qui rayonnent des étoiles dans l’univers restant. Tandis que le règne végétal, au moyen de sa croissance, se place dans un jeu de forces qui agit depuis la Terre vers le Cosmos, les animaux renferment en leur être, empreint de passions, un élément de nature macrocosmique qui se manifeste dans le monde terrestre. Ce qui depuis l’extérieur pénètre dans l’animal, au travers des yeux et des oreilles, mais aussi par la respiration, en fait un être doté de sensations. Cet élément de nature extérieur replié vers l’intérieur et agissant chez l’animal comme une force organisatrice, est appelé corps astral. Il est le porteur de sa vie émotionnelle.

L’homme aussi possède un corps astral similaire, qu’il peut pourtant gouverner et dominer en agissant depuis son Je, dans la mesure où, dans la tranquillité de l’activité perceptive, il fait agir en lui ce qui est de nature divino-spirituelle.

Dans le Cosmos se manifeste en outre l’activité éthérique, au travers des rythmes du Soleil et des planètes. L’activité des comètes qui pénètrent dans le domaine du système solaire, en y introduisant un ordre de lois qui lui sont étrangères, représente pour le système solaire lui-même un élément astral. Si celui-ci n’était pas présent, le système solaire serait contraint de se répéter continuellement, ou bien de se rigidifier d’un point de vue cosmique.

Il a donc besoin pour être animé de la perturbation astrale provenant de l’extérieur. Parfois, ce qui pénètre ainsi de l’extérieur pourrait pourtant anéantir la vie du système solaire, si une puissance spirituelle ne l’empêchait pas. Cette puissance, c’est Michel.

Partout où interviennent des activités astrales, des activités des étoiles, s’engendre un système d’énergies qui agit de manière destructrice, s’il n’est pas amorti. Chez l’homme l’activité astrale engendre la conscience, laquelle s’atténue par la déconstruction de la substance vivifiée par l’éthérique. Si l’astral agissait seul, l’homme serait constamment malade. Qu’est-ce qui fait en sorte que cela n’advienne pas ? La substantialité du fer présente dans son sang. Le fer, en attirant à lui l’oxygène et en produisant ainsi le sang artériel porteur de vie, assainit l’incessante maladie qui trouve une expression dans le sang veineux, porteur de mort.

Le fer est l’unique métal contenu comme substance dans le corps humain. Il a, comme tous les métaux, une origine cosmique. Les métaux, en effet, selon la connaissance scientifico-spirituelle, sont des rayonnements éthériques des planètes qui se sont produits dans des époques originelles et qui n’ont pris la forme caractérisant leur état actuel qu’au cours de l’évolution ultérieure. Le fer présent dans le sang de l’homme n’est pourtant pas celui qui a rayonné dans le Cosmos ; mais il provient plutôt de la rencontre de la Terre avec la planète Mars, alors que celle-ci, qui se trouvait encore à l’état gazeux, fut traversée par la Terre. Lors de cette rencontre, le fer de Mars passa dans la Terre, non pas sous forme éthérique, mais déjà dans une substantialité terrestre. D’un point de vue cosmique, ce fer a donc une origine absolument différente de celle des autres métaux, puisqu’il n’est pas le produit d’un rayonnement extérieur, mais bien une substance déposée dans la Terre.

 Il donne au sang la possibilité d’attirer l’oxygène et dans le processus de combustion qui en dérive, se déploie le « Je » de l’homme, à savoir cette force qui soumet l’astral. Ce fer présent dans le sang peut être contemplé comme l’épée de Michel, au moyen de laquelle est maîtrisée l’activité passionnelle et animale de l’homme.

Cette pénétration de la Terre par Mars fut rendue possible suite à une puissante lutte dans les cieux, à la suite de laquelle se fragmenta une planète de dimension très importante, dont les restes constituent les astéroïdes circulant aujourd’hui encore dans la sphère de Mars. Grâce à ce combat, le Fer put être immergé dans la Terre et donc dans le sang de l’homme. Michel fut celui qui soutint ce combat. Il est donc le grand sauveur de l’humanité, ayant introduit en elle la substance qui l’assainit et restaure sa santé.

Même dans ces cas où l’orbite de la Terre croise la trajectoire d’un corps céleste étranger, par exemple, une météorite, en courant ainsi le danger d’une collision, Michel agit comme sauveur de l’évolution terrestre, en envoyant la météorite en fragments et en introduisant ainsi le fer météoritique dans la Terre, comme remède de l’exubérance astrale. Michel propulse donc ce qui dans les hauteurs menace d’amener la destruction vers les profondeurs, en soumettant et en dominant le dragon, afin que celui-ci, dans une figure astrale purifiée, puisse de nouveau reprendre son ascension vers le Cosmos. Cela se vérifie par le fait que la substantialité cosmique ainsi immergée dans la Terre, est absorbée par le processus de croissance des plantes. De cette façon, elle est pénétrée des forces solaires du Christ qui, par le Mystère du Golgotha s’est uni à la Terre.

L’homme introduit en lui, comme aliment terrestre, la substance ainsi imprégnée par le Christ et restitue au Cosmos ce qui déjà fut de nature cosmique. Dans l’activité du penser, dans l’activité du percevoir, par exemple dans ce qui émane de la vue, l’homme restitue au Cosmos ce qui appartient au Cosmos.

La Terre devient ainsi, pour la vision astrale, un Soleil, et un processus de solarisation commence à s’accomplir en l’homme.

Cet événement est décrit par l’auteur de l’Apocalypse avec l’image de la Femme revêtue du Soleil, qui écrase le dragon de ses pieds, tandis que sa tête est couronnée d’étoiles. L’enfant qu’elle met au monde est le « Je » supérieur, l’astralité transformée par la force du Christ.

En contemplant l’image que l’auteur de l’Apocalypse pose ainsi devant notre âme, nous sommes incités à tourner notre regard vers le futur.

Nous vivons dans une époque de Michel. L’humanité peut aujourd’hui le savoir, parce qu’elle doit chercher consciemment le chemin de sa propre évolution. Ce n’est pas en égarant des sentiments dans le monde, que s’ouvre l’accès à l’être de Michel. Seul un mental courageux, intense et plein de chaleur, qui soit capable d’embrasser la Terre et le tout, dans une perspective universelle, peut conduire aux actions dans lesquelles se déploient pleinement l’esprit de Michel. Une nouvelle époque de Michel, dans laquelle sont données à l’humanité beaucoup de possibilités relatives à la connaissance spirituelle est celle que nous vivons actuellement.

Un patrimoine de sagesse immense a été donné à l’humanité et en même temps la possibilité de développer des énergies cognitives.

L’époque passée a été pour les hommes, grâce à l’observation de la nature, une école d’accession à la conscience. La nouvelle époque voudrait, en conservant cette qualité, déverser dans cette conscience l’enthousiasme par lequel peut seulement être acquise une connaissance du spirituel. La vieille époque a mené l’homme, en vertu d’une discipline extraordinaire, à se consacrer aux réalités terrestres et à réaliser, au moyen de la division du travail et de la spécialisation, des choses excellentes dans les domaines particuliers.

La nouvelle époque devra conserver tout cela, mais retrouver en plus le chemin de l’universalité. Ceci sera en même temps un cheminement vers la réalisation de la vraie liberté. La particularité en effet emprisonne, l’universalité, elle, libère.

Là où est présente une expérience réelle de la liberté, l’homme est également libéré de tout ce qui

fait de lui un être antisocial. Grâce à une connaissance spirituelle de l’entité humaine, il trouvera le chemin du cœur de l’autre homme. C’est justement ainsi que s’offre à Michel le domaine dans lequel il peut agir. Il veut en effet cultiver l’élément individuel, mais dans une humanité unitaire, liée par des liens d’amour. De cette façon, en levant les yeux vers le spirituel, dans la concorde des cœurs, il rendra toujours plus accessible à l’âme humaine une nouvelle connaissance du Christ.