Dieux de la Terre et du Ciel

Extrait du livre de Zecharia SITCHIN

Qu'est-ce qui fit qu'après des centaines de milliers d'années d'un lent et pénible développement humain, le cours des choses changea si soudainement et si radicalement et, qu'en un tour de main par trois fois, environ 11.000 ans, 7.400 ans et 3.800 ans av. J.-C., des nomades primitifs vivant de chasse et de cueillette se transformèrent en fermiers, en potiers, puis en bâtisseurs de villes, en ingénieurs, en mathématiciens, en astronomes, en métallurgistes, en marchands, en musiciens, en juges, en docteurs, en auteurs, en libraires, en prêtres ? On peut aller plus loin et se poser une question encore plus simple, si bien exprimée par le professeur R. J. Braidwood ("Prehistoric Men") : "Pourquoi est-ce tout bonnement arrivé ? Pourquoi tous les êtres humains ne vivent-ils pas toujours comme le faisaient les Maglémosiens ?"

Les Sumériens, le peuple grâce auquel cette haute civilisation vit soudain le jour, avaient une réponse à cette question. Elle est résumée dans une des dizaines de milliers d'anciennes inscriptions mésopotamiennes qui ont été mises au jour. "Tout ce qui semble beau, nous l'avons fait par la grâce des dieux."

Ces dieux de Sumer, qui étaient-ils ?

Les dieux des Sumériens étaient-ils comme les dieux grecs que l'on décrit, vivant au sein d'une grande cour et festoyant aux cieux dans le Grand Salon de Zeus, à savoir l'Olympe dont le pendant sur Terre constituait le plus haut sommet de Grèce, le mont Olympe ?

Les Grecs décrivaient leurs dieux comme anthropomorphiques, physiquement semblables aux mortels, hommes et femmes. Ils connaissaient le bonheur, la colère, la jalousie; ils faisaient l'amour, se disputaient, se battaient. Ils procréaient comme les humains, c'est-à-dire avaient des enfants par relation sexuelle, entre eux ou avec des humains.

Ils étaient inaccessibles et, cependant, ils se mêlaient sans cesse des affaires des hommes. Ils pouvaient se déplacer à des vitesses considérables, apparaître et disparaître. Ils possédaient des armes d'une puissance immense et inhabituelle. Chacun d'entre eux avait une fonction précise et, en conséquence, une activité humaine spécifique pouvait souffrir ou jouir de l'attitude du dieu responsable de cette activité. C'est pourquoi les rituels de culte et les offrandes aux dieux étaient censés aider à gagner leurs faveurs.

La divinité principale des Grecs pendant la civilisation hellénique était Zeus, "Père des Dieux et des Hommes", maître "du Feu Céleste". Son arme principale, et, par conséquent, son symbole, était la foudre. Il était un "roi" sur Terre, descendu des cieux. Il prenait des décisions, faisait le bien et le mal parmi les mortels, mais son domaine original était dans les cieux.

Il n'était ni le premier dieu sur Terre, ni la première divinité à être allée dans le Ciel. En mélangeant la cosmologie et la théologie pour en arriver à ce que les savants nomment la mythologie, les Grecs croyaient qu'à l'origine régnait le Chaos. Puis apparut Gaea (la Terre) et son conjoint Uranus (le Ciel). De Gaea et d'Uranus naquirent les douze Titans, six mâles et six femelles. Leurs actes légendaires eurent beau avoir eu lieu sur Terre, on pense qu'ils avaient des équivalents célestes.

Chronos, le plus jeune des Titans mâles, apparaît comme figure principale de la mythologie olympienne. Il obtint la suprématie des Titans, en flouant son père après l'avoir castré. Redoutant les autres Titans, Chronos les bannit et les fit emprisonner. Il fut, pour cela, maudit par sa mère. La malédiction prophétisait qu'il souffrirait le même sort que son père et serait détrôné par l'un de ses fils.

Chronos eut des rapports avec sa propre sœur Rhéa, qui lui donna trois fils : Hadès, Poséidon et Zeus, et trois filles, Hestia, Déméter et Hera. Une fois encore, il était écrit que le plus jeune fils serait celui qui se débarrasserait de son père. La malédiction de Gaea se réalisa lorsque Zeus renversa Chronos, son père.

Il semblerait que la prise de pouvoir n'allât pas sans peine. S'ensuivirent des années de bataille entre les dieux et une horde d'êtres monstrueux.

 La bataille décisive se joua entre Zeus et Typhon, une divinité semblable à un serpent. La lutte s'étendit sur de vastes territoires sur Terre et dans les Cieux. La bataille finale eut lieu sur le mont Casius, près de la frontière entre l'Égypte et l'Arabie, vraisemblablement dans la péninsule du Sinaï.

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Vainqueur du combat, Zeus fut reconnu dieu suprême. Il dut néanmoins partager le pouvoir avec ses frères. Par choix ou (selon une autre version en tirant au sort), Zeus reçut le contrôle des Cieux. Son frère aîné Hadès reçut "le Monde d'En-Bas" et son autre frère Poséidon devenait maître des mers.

Quoique, avec le temps, Hadès et sa région soient devenus synonymes d'Enfer, son domaine était à l'origine un territoire situé quelque part "très bas", couvrant à la fois des marécages, des déserts et des terres irriguées par de puissants fleuves. On surnommait Hadès "l'Invisible" et on le disait distant, revêche, sévère, insensible aux prières et aux sacrifices. Poséidon, en revanche, se montrait souvent, brandissant son symbole (le trident). Quoiqu'il fût à la tête des mers, il était aussi maître des arts, de la métallurgie, de la sculpture et aussi magicien de grand talent et exorciste. Alors que Zeus est dépeint dans les traditions et légendes grecques comme très sévère avec l'humanité — c'est lui qui projetait même, à une époque, de la détruire —, on voyait en Poséidon un ami de l'humanité et un dieu qui s'évertuait à gagner les louanges des mortels.

Les trois frères et leurs trois sœurs, tous enfants de Chronos par sa sœur Rhéa, composaient la partie la plus ancienne du cercle de l'Olympe, à savoir le Groupe des douze grands dieux. Les six autres étaient tous issus de Zeus et les contes grecs traitent principalement de leur généalogie et de leurs relations.

Les dieux masculins et féminins conçus par Zeus furent mis au monde par différentes déesses. Tout d'abord lié à une déesse nommée Métis, Zeus eut une fille, la grande déesse Athéna. Elle avait la responsabilité du bon sens et des travaux manuels et était, par là même, la déesse de la Sagesse. Mais, pour être la seule à être restée auprès de Zeus pendant son combat avec Typhon — tous les autres dieux s'étant enfuis —, elle révéla des talents martiaux et devint aussi déesse de la Guerre. Elle était "La jeune fille par excellence" et ne devint jamais la femme de personne. Mais certains récits la lient souvent à son oncle Poséidon, dont la conjointe officielle était la déesse Femme du Labyrinthe de l'île de Crête, mais qui avait pour maîtresse Athéna, sa nièce.

Zeus se lia par la suite avec d'autres déesses, mais leurs enfants ne furent pas jugés dignes du Cercle de l'Olympe. Quand Zeus décida d'entreprendre la sérieuse tâche d'engendrer un enfant mâle, il alla voir ses sœurs. L'aînée, Hestia, au dire de tous, une solitaire, était peut-être trop vieille, trop malade pour prendre part à des activités matrimoniales. Zeus ne se fit pas prier pour se précipiter vers Déméter, la puînée, la déesse de l'Abondance. Mais, au lieu d'un fils, elle lui donna une fille, Perséphone, qui épousa son oncle Hadès et partagea son pouvoir sur le Monde d'En-Bas.

Zeus, déçu de ne pas avoir eu de fils, alla chercher amour et réconfort auprès d'autres déesses. D'Harmonia il eut neuf filles. Létae, ensuite, lui donna une fille, Artémis, et un fils, Apollon, qui furent aussitôt assimilés au groupe des divinités principales.

Apollon, premier fils de Zeus, fut l'un des plus grands dieux du Panthéon hellénique, craint des hommes comme des dieux. Auprès des mortels, il était l'interprète de la volonté de son père et ainsi l'expert en matière de lois religieuses et de culte dans les temples. Représentant les lois morales et divines, il symbolisait la purification et la perfection à la fois physiques et spirituelles.

Le deuxième fils de Zeus, né de la déesse Maia, fut Hermès, protecteur des bergers, gardien des troupeaux et du bétail. Moins important et puissant que son frère Apollon, il était plus proche des affaires humaines. On lui attribuait tous les coups de chance. En tant que dispensateur de bonnes choses, il était dieu du commerce, protecteur des marchands et des voyageurs. Mais son rôle principal dans les mythes et épopées fut celui de héraut de Zeus, donc de messager des dieux.

Tenu par certaines traditions dynastiques, Zeus devait encore avoir un fils d'une de ses sœurs, et il alla voir la plus jeune, Héra. L'épousant selon les rites du mariage sacré, Zeus la proclama reine des dieux et déesse mère. Leur mariage fut béni avec les naissances d'un fils, Arès, et de deux filles. Mais, en raison des infidélités continuelles de Zeus, il fut instable, ainsi que, selon les rumeurs, d'une infidélité d'Héra qui fit douter de la vraie paternité d'un autre fils, Héphaïstos.

Arès fut aussitôt incorporé au cercle des douze principaux dieux de l'Olympe et nommé lieutenant chef de Zeus, dieu de la guerre. On le dépeignait comme l'esprit du carnage. Cependant, il était loin d'être invincible. Lors de la bataille de Troie, aux côtés des Troyens, il subit une blessure que seul Zeus put guérir.

Héphaïstos, en revanche, dut se battre pour accéder au sommet de l'Olympe et devenir Dieu de la créativité. On lui attribua le feu de la forge et l'art de la métallurgie. Il était un divin artificier, fabricant d’objets pratiques ou magiques pour les dieux et les hommes. La légende veut qu'il soit né boiteux et que, de colère, sa mère Héra le rejetât aussitôt. Une autre version — et sans doute plus vraisemblable — affirme que ce fut Zeus qui le bannit en raison du doute concernant sa paternité. Mais Héphaïstos usa de ses pouvoirs créateurs magiques pour contraindre Zeus à lui donner un siège parmi les grands dieux.

Les légendes racontent aussi que Héphaïstos fit un jour un filet invisible qui, déclenché par la chaleur d'un éventuel amant, devait se refermer sur le lit de sa femme. En effet, une telle protection peut avoir été de rigueur, car sa femme et conjointe était Aphrodite, déesse de l'Amour et de la Beauté. Il est donc parfaitement normal que des récits d'histoires d'amour se soient créés autour de son personnage... Dans la plupart de ces récits, le séducteur était Arès, frère d'Héphaïstos (l'un des enfants nés de cet amour illicite fut Éros, le Dieu de l'Amour).

Aphrodite fut admise au cercle olympien des douze dans des circonstances qui éclairent notre propos. Elle n'était ni la sœur de Zeus, ni sa fille, cependant on ne pouvait pas la laisser pour compte. Elle venait des côtes asiatiques de la Méditerranée, face à la Grèce (selon le poète grec Hésiode, elle arriva via Chypre) et revendiquait une origine très ancienne : elle se disait sortie du sexe d'Uranus. Ainsi généalogiquement parlant, elle était d'une génération en arrière sur Zeus, c'est-à-dire, sœur de son père et incarnation de l'ancêtre castré des dieux.

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Il fallait donc qu'Aphrodite fût incluse parmi les dieux de l'Olympe. Mais on ne pouvait pas apparemment aller au-delà de douze. On trouva une solution ingénieuse. En enlever un pour en ajouter un. Puisque Hadès dirigeait le "Monde d'En-Bas" et n'était jamais parmi les grands dieux du mont Olympe, une place fut libérée à point nommé pour l'accueillir dans le cercle exclusif des Douze.

Il semble aussi que le chiffre douze établissait une condition à double sens : il ne pouvait pas y avoir plus de douze Olympiens, mais pas moins non plus. Une évidence pour qui connaît les circonstances qui conduisirent Dyonisos à entrer dans le cercle de l'Olympe. Il était le fils de Zeus, né du rapport de Zeus avec sa propre fille, Sémélé. Dyonisos, qui dut être caché pour ne pas subir la colère de Héra, fut envoyé vers des terres lointaines qui incluaient l'Inde même. Où qu'il allât, il initia les gens à la viticulture et à la viniculture. Entre-temps, un siège se libéra sur l'Olympe. Hestia, la sœur aînée de Zeus, trop faible et très vieille, fut complètement écartée du cercle des Douze. Alors Dyonisos revint en Grèce et fut autorisé à prendre la place vacante. De nouveau, les Olympiens étaient au complet.

Quoique la mythologie grecque manque de clarté quant aux origines de l'humanité, les légendes racontent que les héros et les rois descendaient des dieux. Ces demi-dieux formaient le lien entre la destinée humaine (ils devaient travailler quotidiennement et étaient tributaires des éléments et fléaux naturels, de la maladie et de la mort) et un passé doré où seuls les dieux parcouraient la terre. Et quoique tant de dieux fussent nés sur Terre, le cercle des Douze Olympiens représentait la face céleste des dieux. Dans l'Odyssée, l'Olympe se situe "dans l'air pur d'en haut". Les douze grands dieux originaux étaient des dieux du Ciel qui étaient descendus sur Terre; et ils représentaient les douze corps célestes dans "la voûte du Ciel".

Les noms latins qui furent attribués aux grands dieux quand les Romains adoptèrent le panthéon grec mettent en évidence leurs associations astrales. Gaea devint la Terre; Hermès, Mercure; Aphrodite, Vénus; Arès, Mars; Chronos, Saturne; et Zeus, Jupiter. En perpétuant la tradition grecque, les Romains représentèrent Jupiter comme un dieu du tonnerre dont l'arme était la foudre. Comme les Grecs, les Romains l'associèrent au taureau.

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Personne à présent ne doute plus que les bases de la civilisation bien distincte qui fut celle de la Grèce furent établies sur l'île de Crête où s'épanouit la culture minoenne, autour de 2.700 à 1.400 av. J.-C. Le récit du minotaure domine les mythes et les légendes minoennes. Cet être mi-homme, mi- taureau fut engendré par l'union d'un taureau et de Pasiphaë, la femme du roi Minos. Les fouilles archéologiques ont confirmé l'étendue du culte minoen pour le taureau, et certains sceaux en rouleau montrent le taureau comme un être divin accompagné par un symbole en croix, représentant une planète ou une étoile non identifiée. Ce qui laissa penser qu'il ne s'agissait pas dans le culte minoen du taureau terrestre, mais du Taureau céleste — la constellation Taurus — commémorant certains événements qui avaient lieu lorsque le soleil arriva à l'équinoxe du printemps dans cette constellation, vers 4.000 av. J.-C.

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Selon la tradition grecque, Zeus arriva en Grèce de Crète, d'où il s'était enfui (en traversant la Méditerranée à la nage) après avoir ravi Europa, la très belle fille du roi de la ville phénicienne de Tyr. En effet, quand la plus ancienne écriture minoenne fut enfin déchiffrée par Cyrus H. Gordon, elle se révéla être "un dialecte sémitique provenant des côtes de l'est de la Méditerranée".

En fait, les Grecs n'ont jamais prétendu que les dieux olym­piens étaient venus en Grèce directement des cieux. Zeus arriva par la Crête, en traversant la Méditerranée. Aphrodite était venue par la mer du Proche-Orient, via Chypre. Poséidon (Neptune pour les Romains) amena avec lui le cheval d'Asie Mineure. Athéna apporta à la Grèce "l'olive, fertile, qui s'ensemence elle-même" des terres de la Bible.

Sans aucun doute, les traditions grecques et la religion sont venues en Grèce du Proche-Orient, par l'Asie Mineure et les îles méditerranéennes. C'est de là que leur panthéon tirait ses racines; nous devons donc y rechercher l'origine des dieux Grecs et leur rapport astral avec le chiffre douze.

L'hindouisme, l'ancienne religion de l'Inde, considère les Vedas — des compositions d'hymnes, des formules sacrifica­toires, et d'autres paroles liées aux dieux — comme Écritures Saintes, "d'origine non humaine". La tradition hindoue affirme que les dieux les composèrent eux-mêmes à une époque qui précédait la nôtre. Mais avec le temps qui s'écoulait, les 100.000 vers originaux qui se transmettaient oralement de générations en générations furent de plus en plus perdus et confondus. Finalement un sage transcrivit les vers qui restaient, les divisant en quatre livres, puis il confia à chacun de ses quatre disciples principaux la garde des Vedas.

Lorsque, au XIXe siècle, les savants commencèrent à déchiffrer et à comprendre les langues oubliées et à retracer les rapports qui existaient entre elles, ils se rendirent compte que les Vedas avaient été écrites dans une langue européenne très ancienne, précédant le sanskrit — qui est la langue-souche de l'Inde, du grec, du latin et d'autres langues européennes. Lorsqu'ils furent enfin capables de lire et d'analyser les Vedas, ils furent surpris de constater l'étrange similitude entre les dieux grecs et les dieux des récits védiques.

Les Vedas racontent que les dieux étaient tous membres d'une grande famille où ne régnait pas toujours la paix. Parmi les histoires d'ascension vers les cieux et de descentes sur Terre, de batailles aériennes, d'armes formidables, d'amitiés et de rivalités, de mariage et d'infidélités, il semble qu'il existait la préoccupation fondamentale d'enregistrer la généalogie — qui engendra qui, et qui était le premier-né de qui. Les dieux sur Terre venaient des cieux; et les divinités principales, même sur Terre, continuaient à représenter des corps célestes.

A la source des temps, les Rishis ("les êtres ondoyants des premiers temps") "ondoyaient" dans les cieux, dotés de pouvoirs irrésistibles. Parmi eux, sept étaient les grands progéniteurs. Les dieux Rahu ("démon") et Kétu ("désuni") furent jadis un seul et même corps céleste cherchant à se joindre illicitement aux autres dieux; mais le dieu des Tempêtes lança son arme de flammes qui le coupa en deux — Rahu, la "tête du dragon"; qui parcourt les cieux sans relâche cherchant à se venger, et Ketu, "la queue du dragon". Mar Ishi, l'ancêtre de la dynastie solaire, donna naissance à Kash-Yapa ("celui qui est le trône"). Les Vedas le décrivent comme ayant été très prolifique; mais la succession de sa dynastie ne fut perpétuée que par les dix enfants qu'il eut de Prit-Hivi ("mère divine").

Kash-Yapa était à la tête de la dynastie, il était également chef des devas ("les êtres rayonnants") et portait le titre de Dyaus-Pitar ("père rayonnant"). Avec sa conjointe et ses dix enfants, ils constituaient la famille de douze Adityas, dieux auxquels on attribua à chacun un signe du zodiaque et un corps céleste. Le corps céleste de Kash-Yapa était l'"étoile brillante"; Prit-Hivi représente la Terre. Puis il y avait les dieux dont le pendant céleste était le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne.

Avec le temps, le commandement du panthéon des douze fut transmis à Varuna, le Dieu de l'Étendue Céleste. Il était omni­présent et omnivoyant; un des hymnes qui lui était destiné se lit tel un psaume de la Bible :

C'est lui qui fait briller le soleil dans les cieux,

Et les vents qui soufflent sont sa respiration.

Il a creusé le lit des rivières;

Elles coulent à sa volonté.

Il a créé les profondeurs de la mer.

Tôt ou tard, son règne prit fin. Indra, le Dieu qui abattit le "Dragon" céleste, accapara le trône en massacrant son père. Il était le nouveau seigneur des Cieux et dieu des Tempêtes. Ses armes étaient l'éclair et le tonnerre, et son épithète, Seigneur des Armées. Cependant, il avait à partager son empire avec ses deux frères. L'un était Vivashvat, le progéniteur de Manu, le premier homme. L'autre était Agni ("celui qui enflamme") qui apporta sur la Terre son feu des cieux afin que l'homme puisse s'en servir à des fins industrielles.

Les similitudes entre les panthéons grec et védique sont évidentes. Les récits se rapportant aux divinités principales, aussi bien que les strophes traitant d'une multitude de divinités secondaires — des fils, des femmes, des filles, des maîtresses — sont manifestement des doubles (ou des originaux ?) des récits grecs. Il n'y a aucun doute que Dyaus (dyaus = Dieu) vint à signifier Zeus; Dyaus Pitar, Jupiter; Varuna, Uranus; ainsi de suite. De part et d'autre, le cercle des grands dieux est resté fixé à douze, quels que fussent les changements qui eurent lieu dans cette succession divine.

Comment, à deux endroits si éloignés, aussi bien dans l'es­pace géographique que dans le temps, aurait pu naître une telle similitude ?

Les savants pensent que, quelque part au IIe millénaire av. J.-C., un peuple parlant une langue indo-européenne établi au nord de l'Iran et dans la région du Caucase entreprit de grandes migrations. Un groupe se dirigea par le sud-est, vers l'Inde. Les Hindous les appelaient Aryens ("hommes nobles"). Ils apportèrent avec eux les Vedas, qui se transmettaient alors oralement, aux alentours de 1.500 av. J.-C. Une autre vague de cette migration indo-européenne partit à l'ouest vers l'Europe. Certains contournèrent la mer Noire et arrivèrent en Europe par les steppes de la Russie. La plupart de ces gens, avec leurs traditions et leur religion, atteignirent la Grèce par l'itinéraire le plus court, soit l'Asie Mineure.

En fait, certaines des plus anciennes villes grecques ne se situent pas en Grèce, mais à l'extrémité ouest de l'Asie Mineure. Qui étaient ces Indo-européens qui élurent domicile en Anatolie ? Peu de nos connaissances occidentales ont pu éclaircir ce sujet.

Une fois de plus, la seule source disponible et fiable se révéla être l'Ancien Testament. Les savants y trouvèrent plusieurs références aux "Hittites", un peuple habitant les montagnes d'Anatolie. Contrairement à l'inimitié que l'on trouve exprimée dans l'Ancien Testament envers les Cananéens et leurs voisins dont les moeurs étaient considérés comme une "abomination", en revanche, les "Hittites" étaient perçus tommes des amis et les alliés d'Israël. Bathsheba, convoitée par le roi David, était la femme d'Uriah le Hittite, un officier de l'armée du roi David. Le roi Salomon se créa des alliances en épousant les filles des rois étrangers; il prit à la fois comme femmes la fille d'un pharaon égyptien et celle d'un roi hittite. Par ailleurs, une armée de Syriens envahisseurs s'enfuit à la rumeur que le "roi d'Israël avait engagé les rois des Hittites et les rois des Égyptiens contre nous".

Ces brèves allusions aux Hittites révèlent l'estime extrême que portaient les autres peuples de l'ancien Proche-Orient à leur génie militaire.

Avec le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens — puis, par la suite, des inscriptions mésopotamiennes —, les savants trouvèrent de nombreuses références à une "terre de Hatti" définie tel un grand et puissant royaume en Anatolie. Se pourrait-il qu'une puissance aussi importante n'ait pas laissé de traces ? Forts des connaissances que leur fournissaient les textes égyptiens et mésopotamiens, les savants entreprirent de fouiller les sites anciens des régions montagneuses de l'Anatolie. Leurs efforts furent fructueux : ils trouvèrent des villes hittites, des palais, des trésors royaux, des tombes royales, des temples, des objets religieux, des outils, des armes, des objets d'art. Par-dessus tout, ils trouvèrent de nombreuses inscriptions — en écriture tant pictographique que cunéiforme. Les Hittites de la Bible prenaient vie.

L'ancien Proche-Orient nous a légué un monument unique qui est une paroi gravée placée à l'extérieur de l'ancienne capitale hittite (le site est à présent appelé Yazilikaya, ce qui, en turc, signifie "rocher inscrit"). Après avoir traversé les portails et les sanctuaires, les fidèles arrivaient sur une galerie en plein air, une ouverture parmi un demi-cercle de rochers sur lesquels figurent tous les dieux hittites en procession.

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Venant de la gauche, il y a un long défilé de divinités essen­tiellement mâles, distinctement organisées en "compagnies" de douze. A l'extrême-gauche, donc les derniers à défiler dans cette étonnante parade, se trouvent douze divinités, toutes identiques et portant toutes la même arme.

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Le groupe des douze marcheurs du milieu comprend quel­ques divinités d'apparence plus âgée, certaines portant des armes différentes et deux autres, clairement mises en évidence par un symbole divin.

Le troisième groupe de douze, en tête, est manifestement composé des divinités masculines et féminines les plus importantes. Leurs armes et leurs emblèmes sont plus variés; quatre d'entre eux ont au-dessus d'eux des symboles divins et célestes; deux d'entre eux sont ailés.

Ce groupe comprend également des participants non divins : deux taureaux soutiennent un globe, et le roi des Hittites portant une calotte debout sous l'emblème d'un disque ailé.

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Venant de la droite, on trouve deux groupes de divinités féminines, mais les sculptures des rochers sont trop mutilées pour discerner quel était leur nombre original. Nous n'aurons certainement pas tort de présumer qu'ils étaient aussi compo­sés de deux "compagnies" de douze chacun.

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Les deux défilés de la gauche et de la droite se rencontrent sur un panneau central, où les grands dieux sont clairement re­présentés, car tous en position d'élévation, au-dessus de mon­tagnes d'animaux, d'oiseaux, et l'un d'eux sur les épaules de serviteurs divins.

De nombreux savants s'efforcèrent (par exemple, E. Laroche, Le Panthéon de Yazilikaya) de déterminer les noms, les titres et le rôle des divinités faisant partie du défilé, à partir de pein­tures, de symboles hiéroglyphiques, et aussi d'après des textes partiellement lisibles et des noms de dieux gravés sur les rochers. Il est clair que le panthéon hittite, lui aussi, était gouverné par les douze "Olympiens". Les dieux de moindre importance étaient rangés en groupe de douze, et les grands dieux de la Terre étaient associés aux douze corps célestes.

Un autre monument hittite, un sanctuaire religieux en maçonnerie découvert près du Beit-Zehir d'aujourd'hui est une preuve supplémentaire que leur panthéon était gouverné par le "nombre sacré" douze.

Le couple divin y est distinctement représenté entouré de dix autres dieux : soit un nombre total de douze.

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Les conclusions des fouilles archéologiques nous indiquent que les Hittites vénéraient des dieux qui venaient "des Cieux et de la Terre", tous liés entre eux et placés selon une hiérarchie généalogique. Certains de ces dieux étaient grands et "anciens" car, à l'origine, ils venaient des cieux. Leur symbole — qui, dans l'écriture hittite pictographique, signifie "divin" ou "dieu céleste" — ressemble à une paire de grosses lunettes protectrices.

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On trouve fréquemment ce symbole sur des sceaux ronds comme faisant partie d'objets ressemblant à des fusées.

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D'autres dieux étaient présents, non seulement sur Terre mais aussi parmi les Hittites, agissant comme souverains suprêmes des terres, nommant les rois humains, et les instruisant en matière de guerre, de traités, et toutes autres affaires internationales.

 

Teshoub, ce qui signifie "souffleur de vent", dirigeait les dieux hittites physiquement présents. Ainsi, il était ce que les savants appellent un dieu de Tempête, associé aux vents, au tonnerre et à la foudre. On le surnomma Tarou ("taureau"). Les Hittites, comme les Grecs, nous ont décrit leur culte du taureau; et, tel Jupiter qui vint après lui, Teshoub était représenté debout sur le dos d'un taureau en dieu du Tonnerre et de la Foudre.

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Les textes hittites, ainsi que les légendes grecques qui suivirent, racontent comment le chef de leurs dieux dut, pour consolider sa suprématie, se battre contre un monstre. Un texte intitulé par les érudits "le Mythe du Massacre du Dragon", identifie l'adversaire de Teshoub comme étant le dieu Yanka. N'ayant pas réussi à le vaincre, Teshoub réclama l'aide des autres dieux, mais une déesse vint seulement lui prêter assistance et le débarrassa de Yanka en l'enivrant lors d'une fête.

Les savants reconnaissent à de tels contes l'origine de la légende de saint Georges et du dragon, et ils se réfèrent à l'adversaire frappé par le "bon" dieu comme étant le serpent. Mais, en fait, Yanka signifie "serpent" et les peuples anciens décrivaient ainsi le dieu du "mal" — tel qu'on peut le voir sur ce bas-relief d'un site hittite.

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Zeus également, nous l'avons montré, ne combattit pas un "dragon", mais un dieu-serpent. Comme nous le verrons plus tard, une grande signification était attribuée à ces anciennes traditions de combat entre un Dieu des vents et une divinité serpent. Ici, cependant, nous ne pouvons qu'insister sur le fait que les batailles entre les dieux pour accéder à la divine souveraineté étaient enregistrées dans les textes anciens comme des événements qui, incontestablement, eurent lieu.

Une longue épopée hittite très bien conservée intitulée "Royaume du Ciel", traite de ce sujet même, l'origine céleste des dieux. Le narrateur de ces événements des temps pré-mortels interpelle tout d'abord douze puissants dieux anciens afin qu'ils écoutent son récit et témoignent de son exactitude :

Que l'on écoute les dieux qui sont au Ciel,

Et ceux qui sont sur la Terre aux teintes sombres !

Que l'on écoute, ces anciens et puissants dieux.

Ayant ainsi établi que les dieux de jadis étaient à la fois au Ciel et sur la Terre, l'épopée donne la liste des douze "anciens et puissants", les ancêtres des dieux; et, assuré de leur attention, le narrateur raconta alors comment le dieu qui "était roi au Ciel" vint sur "la Terre aux teintes sombres".

Jadis, aux jours d'antan, Alalou était roi au Ciel;

Lui, Alalou, était assis sur son trône.

Le puissant Anou, le premier parmi les dieux, se tint droit devant lui,

S'inclina à ses pieds, plaça la coupe dans sa main.

Pendant neuf périodes comptées, Alalou fut roi au Ciel.

A la neuvième, Anou livra bataille à Alalou.

Alalou fut vaincu, il fuit devant Anou...

Il descendit vers la Terre aux teintes sombres.

Il s'en fut tout en bas vers la Terre aux teintes sombres;

Sur le trône régnait Anou.

Ainsi l'épopée attribuait-elle à une usurpation du trône l'arri­vée sur Terre d'"un roi du Ciel". Un Dieu nommé Alalou, détrôné de force (quelque part dans les cieux) et s'enfuyant pour sauver sa vie, était "descendu sur la Terre aux teintes sombres". Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Le texte raconte alors comment Anou, à son tour, fut également détrôné par un Dieu du nom de Koumarbi (selon certaines interprétations, le propre frère d'Anou).

Cette épopée écrite des milliers d'années avant la composition des légendes grecques annonce sans doute le récit de la prise du trône d'Uranus par Chronos et de celui de Chronos par Zeus. Même le détail de la castration de Chronos par Zeus apparaît dans le texte hittite, car c'est précisément ce que Koumarbi fit subir à Anou.

Pendant neuf périodes comptées, Anou était roi au Ciel;

A la neuvième, Anou dut livrer bataille à Koumarbi.

Anou échappa subrepticement à Koumarbi et s'enfuit...

Anou s'enfuit, en s'élevant vers le ciel.

Koumarbi se précipita à sa recherche et le saisit par les pieds;

Il le tira, et le fit redescendre des cieux.

Il le mordit à l'aine;

Et la "virilité" d'Anou, mêlée aux entrailles de Koumarbi fusionna tel le bronze.

Selon cet ancien récit, la bataille ne fut pas une victoire totale. Quoique émasculé, Anou réussit à rejoindre, en volant, sa Maison Céleste, laissant à Koumarbi le contrôle de la Terre. Pendant ce temps, "la virilité" d'Anou engendra, dans les entrailles de Koumarbi, plusieurs divinités qu'il dut (comme Chronos dans les légendes grecques) laisser sortir. L'une d'elles était Teshoub, la divinité hittite.

Cependant, il devait y avoir une bataille épique de plus avant que Teshoub ne puisse régner en paix.

Apprenant l'apparition d'un héritier d'Anou à Koummiya ("la maison céleste"), Koumarbi fomenta un projet pour "élever un rival au Dieu des Orages". "Dans sa main, il prit le bâton. Il chaussa les chaussures qui sont rapides comme les vents", et il partit de sa ville Our-Kish vers la demeure de la Femme de la Grande Montagne.

En sa présence, son désir s'enflamma;

Il se coucha auprès de Dame Montagne;

Sa virilité coula en elle.

Cinq fois il la prit...

Dix fois, il la prit.

Koumarbi ne pensait-il qu'aux plaisirs de la chair ? Nous avons des raisons de croire qu'il s'agissait de plus que cela. Nous pensons que les lois de succession étaient telles qu'un fils de Koumarbi par la Dame de la Grande Montagne eût pu pré­tendre être l'héritier légitime au trône divin. Koumarbi ne "prit-il" pas la déesse cinq et dix fois, comme pour s'assurer qu'elle conçoive, comme ce fut le cas : elle eut un fils que Koumarbi nomma symboliquement Oulli-Koummi ("destructeur de Koummiya", la demeure de Teshoub).

Koumarbi avait prévu que la bataille pour la succession entraînerait bien des combats dans les cieux. Ayant destiné son fils à détruire les titulaires de Koummiya, Koumarbi proclama de plus pour son fils:

Qu'il s'élève au Ciel pour régner !

Qu'il renverse Koummiya, la belle ville !

Qu'il attaque le Dieu des Orages et le réduise en poussière comme un mortel !

Qu'il abatte tous les dieux du ciel.

Les batailles particulières que Teshoub livra sur Terre et dans les Cieux eurent-elles lieu quand l'âge du Taureau commença autour de 4.000 av. J.-C. ? Fut-ce la raison pour laquelle on permit au vainqueur de s'associer au Taureau ? Et ces événe­ments étaient-ils, d'une façon ou d'une autre, liés au commencement, à cette même époque, de la soudaine civilisation de Sumer ?

Sans aucun doute, le panthéon hittite et les récits de ses dieux ont leurs racines en Sumer, dans sa civilisation, et ses dieux. Le récit du défi d'Oulli-Koummi au trône divin se poursuit avec des batailles héroïques aux issues indécises. A un moment donné, l'incapacité de Teshoub à vaincre son adversaire fit que sa femme Hébat tenta de se suicider. Finalement, on porta l'affaire devant les dieux pour qu'ils s'interposent en médiateurs de cette dispute. Une assemblée des dieux fut convoquée. Elle fut conduite par un "Dieu d'antan", du nom d'Enlil et par un autre "Dieu d'antan" du nom d'Ea, à qui on fit appel pour qu'ils fournissent "les vieilles tablettes qui portaient les mots de la destinée", soit des archives anciennes qui pouvaient ap­paremment régler la dispute concernant la succession divine.

Mais les archives se révélant n'être d'aucun secours, Enlil recommanda une autre bataille avec celui qui avait lancé le défi, mais avec l'usage d'armes très anciennes. « Écoutez, vous, dieux d'antan, vous qui savez les mots d'antan », dit Enlil à ses partisans :

Ouvrez les anciens entrepôts de nos pères et des aïeux !

Apportez l'ancienne Lance de Cuivre qui servit à séparer la Terre du Ciel;

Et qu'ils tranchent les pieds d'Oulli-Koummi.

Qui étaient ces "dieux d'antan" ? La réponse est évidente car, tous — Anou, Antou, Enlil, Ninlil, Ea, Ishkour — portent des noms sumériens. Même le nom de Teshoub ainsi que ceux des autres dieux hittites s'inscrivaient souvent en écriture sumérienne. Il en est de même pour certains endroits cités dans les faits qui étaient d'anciens sites sumériens.

Il vint brusquement à l'idée des savants que les Hittites vénéraient en fait un panthéon d'origine sumérienne et que Sumer était l'arène où se déroulait les récits des "dieux d'antan". Cela, cependant, n'était qu'une partie d'une découverte beaucoup plus importante. Non seulement on s'aperçut que la langue hittite était fondée sur plusieurs dialectes indo-européens, mais aussi qu'elle avait été soumise en grande partie à l'influence akkadienne, d'une part, dans la langue parlée et davantage encore, d'autre part, dans l'écriture. Étant donné que l'akkadien était la langue internationale de l'ancien monde au IIe millénaire av. J.-C., son influence sur le hittite s'explique facilement d'une façon ou d'une autre.

Mais la véritable surprise survint quand les savants découvrirent en déchiffrant le hittite que la langue employait un nombre considérable de signes pictographiques sumériens ainsi que des syllabes et même des mots entiers. De plus, il s'aperçut que le sumérien était la langue de leur enseignement supérieur. La langue sumérienne, écrit O.R. Gurney ("The Hit-tites"), "était largement étudiée à Hattou-Shash (la capitale) où furent découverts des vocabulaires sumérien-hittite... La plupart des syllabes associées aux signes cunéiformes de la période hittite sont en réalité des mots sumériens dont le sens avait été oublié (par les hittites)... Dans les textes hittites, les scribes remplaçaient les mots hittites courants par les mots sumériens ou babyloniens correspondants".

Quand les Hittites arrivèrent à Babylone, quelque temps après 1.600 av. J.-C., les Sumériens avaient disparu depuis longtemps de la scène du Proche-Orient. Comment se fait-il alors que leur langue, leur littérature et leur religion domi­nèrent un grand royaume d'un autre millénaire et dans une autre partie de l'Asie ?

Les savants ont découvert récemment que le lien était un peuple appelé les Hourrites.

Les Hourrites ("peuple libre"), tels qu'ils sont appelés dans l'Ancien Testament, dominèrent la vaste région entre Sumer et Akkad en Mésopotamie et le Royaume hittite en Anatolie. Au nord, leurs terres étaient les anciennes "terres des Cèdres" d'où les pays proches ou lointains venaient chercher les bois les meilleurs. A l'est, leurs centres occupaient les champs de pé­trole de l'Irak d'aujourd'hui. Dans la seule ville de Nouzi, les archéologues découvrirent non seulement les structures et arte­facts habituels, mais aussi des milliers de documents légaux et sociaux de grande valeur. A l'ouest, le règne et l'influence des Hourrites s'étendaient à la côte méditerranéenne et englobaient des anciens centres commerciaux, industriels et universitaires aussi importants que ceux de Karkemish ou Alalakh.

Mais le siège de leur pouvoir, les centres principaux des anciennes routes de commerce et les sites des lieux de culte les plus vénérés se trouvaient à l'intérieur du pays qui était "entre les deux fleuves", le Naharayim de la Bible. Leur plus ancienne capitale (qui n'a pas encore été retrouvée) se situait quelque part sur le fleuve Khabour, leur plus grand centre commercial, sur le fleuve Balikh, était le Harrân de la Bible, la ville où la famille du patriarche Abraham avait fait halte pendant son voyage entre Our en Mésopotamie du Sud et la Terre de Canaan.

Les documents royaux égyptiens et mésopotamiens font ré­férence au royaume hourrite sous le nom de Mittanni et le traitent en égal, en grande puissance dont l'influence s'étendait au-delà de ses frontières les plus proches. Les Hittites appe­laient leurs voisins hourrites "Hurri". Parmi les savants, d'au­cuns font remarquer que ce mot pouvait être lu "Har" et G. Contenais (dans "La Civilisation des Hittites et des Hourrites du Mitanni") ont émis l'hypothèse que l'on retrouvait dans le nom "Harri", "le nom 'Ary' ou Aryens pour ce peuple".

Sans aucun doute, les Hourrites étaient aryens ou indo-européens d'origine. Leurs inscriptions invoquaient plusieurs dieux par leurs noms "aryens" védiques, leurs rois portaient des noms indo-européens et leur terminologie militaire de cavalerie dérivait de l'indo-européen. B. Hrozny, qui, dans les années 1920, avait pour but de déchiffrer les archives hittites et hourrites, alla jusqu'à nommer les Hourrites "les plus vieux Hindous".

Sur le plan culturel et religieux, les Hourrites dominaient les hittites. On s'est aperçu que les textes mythologiques hittites étaient d'origine hourrite, ainsi même que les épopées aux héros préhistoriques ou semi-divins. Personne ne conteste à présent le fait que les Hittites tenaient des Hourrites leur cosmologie, leurs "mythes", leurs dieux et leur panthéon des Douze.

Le triple rapport entre les origines aryennes, le culte hittite et l'origine hourrite de ces croyances est remarquablement bien décrit dans la prière d'une femme pour sauver la vie de son mari malade — la prière était adressée à la déesse Hébat, épouse de Teshoub :

O déesse du Disque Levant d'Arynna,

Dame, Maîtresse des Terres d'Hatti,

Reine de la Terre et du Ciel...

Au pays de Hatti tu te nommes "Déesse du Disque Levant d'Arynna";

Mais dans ce pays que tu créas,

Dans la Terre des Cèdres,

Tu portes le nom d'"Hébat".

Malgré tout, la culture et la religion adoptées et transmises par les Hourrites n'étaient pas indo-européennes. Même leur langue n'était pas vraiment indo-européenne. Indiscutablement, il y avait des éléments akkadiens dans la langue, la culture et les traditions hourrites. Le nom de leur capitale, Washougeni, était une variante du sémitique resh-eni ("où commencent les eaux"). Le fleuve Tigre s'appelait Aranzakh, nom qui, nous pensons, venait des mots akkadiens signifiant "fleuve des purs cèdres". Les dieux Shamash et Tashmetoum devinrent en Hourrite Shimiki et Tashimmetish, etc.

Mais, puisque la culture et la religion akkadiennes ne faisaient que découler des traditions et croyance sumériennes, les Hourrites avaient en fait absorbé et transmis la religion de Sumer. Nous en avons pour preuve l'utilisation fréquente des noms divins, des épithètes et des signes d'écriture sumériens originaux.

On a constaté que les épopées étaient des contes de Sumer. Les "lieux d'habitation des dieux d'autrefois" étaient des villes sumériennes. La "langue d'antan" était la langue de Sumer. Même l'art hourrite copiait l'art sumérien dans ses formes, ses thèmes et ses symboles.

Quand et comment les Hourrites firent-ils leur "mutation" à partir du "gène" sumérien ?

De toute évidence, les Hourrites, qui étaient les voisins nor­diques de Sumer et d'Akkad au IIe millénaire av. J.-C. s'étaient en fait mélangés aux Sumériens lors du millénaire précédent.

Il est établi qu'ils étaient présents et actifs en Sumer pendant le IIIe millénaire av. J.-C. et qu'ils y détenaient de hauts postes pendant sa dernière période de gloire, c'est-à-dire celle de la troisième dynastie d'Our. Nous avons la preuve que les Hour­rites géraient et travaillaient dans l'industrie du vêtement pour laquelle Sumer (principalement Our) était renommée dans l'antiquité. Les célèbres marchands étaient probablement pour la plupart Hourrites.

Au XIIIe siècle av. J.-C., sous la pression de vastes migrations, les Hourrites se retirèrent dans la partie nord-est de leur royaume, choisirent leur nouvelle capitale près du lac Van, et appelèrent leur royaume Ourartou (Ararat). Là, ils vénéraient un panthéon à la tête duquel se trouvait Tesheba (Teshoub) qu'ils représentaient comme un dieu vigoureux arborant un casque à cornes et juché sur son symbole, le taureau.

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Ils nommèrent leur sanctuaire principal Bitanou "la maison d'Anou" et vouèrent leurs efforts à faire de leur royaume "la forteresse de la vallée d'Anou". Anou, comme nous le verrons, était le père des dieux sumériens.

Qu'en est-il de l'autre route, celle par laquelle les mythes et le culte des dieux sont parvenus à la Grèce: des côtes orientales de la Méditerranée, en passant par la Crète et Chypre ?

Les terres qui forment la bande du sud-ouest de l'ancien Croissant Fertile — aujourd'hui Israël, le Liban et la Syrie du Sud — étaient alors l'habitat de peuples que l'on peut regrouper sous le nom de Cananéens. Une fois encore, tout ce que l'on savait d'eux il y a peu de temps apparaissait dans les références (pour la plupart hostiles) de l'Ancien Testament et sur quelques inscriptions phéniciennes éparses. Les archéologues commençaient à peine à comprendre les Cananéens lorsque survinrent deux découvertes : celle de certains textes égyptiens à Louqsor et à Saqqara, et, bien plus importante encore, celle de textes historiques, littéraires et religieux déterrés au site d'un centre principal cananéen. L'endroit, aujourd'hui appelé Ras Shamra, situé sur la côte syrienne, se révéla être l'ancienne ville de Ougarit.

La langue des inscriptions d'Ougarit, le cananéen, est classée par les spécialistes comme langue sémitique occidentale, branche d'un groupe de langues qui comprend également l'akkadien le plus ancien et l'hébreu de nos jours. En effet, toute personne connaissant bien l'hébreu peut facilement comprendre les inscriptions cananéennes. La langue, le style littéraire, et la terminologie nous évoquent l'Ancien Testament, et l'alphabet est le même que celui de l'hébreu israélite.

Il y a beaucoup de ressemblances avec le panthéon qui apparaît dans les textes cananéens et celui, plus récent, des Grecs. Une divinité suprême, nommée El, se trouvait à la tête du panthéon cananéen. Le nom est à la fois le nom personnel du dieu et un terme générique signifiant "haute divinité". Dans toutes les affaires, humaines ou divines, il représentait l'autorité finale.

 Il portait le titre Ab Adam ("père de l'homme"), on le désignait par le Bienveillant, le Miséricordieux. Il était le "créateur de toutes choses créées et seul à pouvoir conférer la royauté".

Les textes cananéens (des "mythes", pour la plupart des érudits) décrivent El tel un sage, une divinité âgée qui se tenait à l'écart des affaires quotidiennes. Sa demeure était très éloignée, à la "source des deux rivières", le Tigre et l'Euphrate. Là, il s'asseyait sur son trône, recevait des émissaires et réfléchissait aux problèmes et aux disputes que les autres dieux lui soumettaient.

Une stèle trouvée en Palestine montre une divinité âgée assise sur un trône à laquelle une divinité plus jeune sert une boisson. La divinité assise porte une coiffure conique ornée de cornes — comme nous l'avons vu le signe des dieux depuis les temps préhistoriques, et le symbole de l'étoile ailée domine la scène — un symbole omniprésent que nous verrons apparaître de plus en plus souvent. La plupart des savants considèrent que ce relief sculpté représente El, la divinité la plus ancienne des Cananéens.

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El, cependant, n'a pas toujours été un vieux seigneur. Un de ses épithètes était Tor (signifiant "taureau"), exprimant, selon les spécialistes, ses prouesses sexuelles et son rôle de père des dieux. Un poème cananéen, appelé "Naissance des Dieux Gracieux", place El au bord de la mer (probablement nu) en compagnie de deux femmes complètement sous le charme de son phallus de grande taille. Pendant que rôtissait un oiseau sur la plage, El fit l'amour avec les deux femmes. C'est ainsi que naquirent deux dieux : Shahar ("l'aurore") et Shalem ("l'achèvement" ou "crépuscule").

Ils ne furent pas ses seuls enfants (il en aurait eu sept), ni les plus importants. Son fils principal fut Baal — une fois de plus nom personnel de cette divinité, ainsi que terme général pour "seigneur". Comme le firent les Grecs dans leurs récits, les Cananéens parlaient du défi du fils à l'autorité et au commandement de son père. Tel son père El, Baal est ce que les savants appellent un dieu de Tempête, un dieu de Tonnerre et de Foudre. Un surnom de Baal était Hadad ("celui qui est vif'). La hache de combat et la lance de la foudre étaient ses armes; son animal, comme celui d'El, était le taureau, et, à l'instar d'El, il était peint portant le casque conique paré d'une paire de cornes.

Baal était aussi appelé Élyon ("suprême"); c'est-à-dire le prince reconnu, l'héritier légitime. Mais il n'avait pas obtenu ce titre sans se battre, premièrement avec son frère Yam ("le prince de la mer"), et puis avec un autre frère, Mot. Un long poème, rassemblé à partir de nombreux fragments de tablettes, commence par ordonner au "Maître des Artisans" de se présenter à la demeure d'El, "aux sources des eaux, au milieu des sources des deux rivières".

Par les champs d'El il arrive, il entre dans le pavillon du Père des Années.

Aux pieds d'El il s'incline, tombe à terre, se prosterne, rendant hommage.

Le Maître Artisan reçoit l'ordre d'ériger un palais pour Yam, symbolisant son accession au pouvoir. Enhardi par ce signe, Yam envoya ses messagers à l'assemblée des dieux pour exiger la soumission de Baal. Yam demanda à ses émissaires de défier l'assemblée qui céda bel et bien. El lui-même accepta l'ordre nouveau de ses fils. Il déclara : "Baal est ton esclave, ô Yam."

Cependant, la suprématie de Yam fut de courte durée. Armé de deux "armes divines", Baal combattit et domina Yam seule­ment pour être provoqué par Mot (le nom signifie "celui qui frappe"). Dans ce combat, Baal fut vaincu, mais sa soeur Anat refusa d'accepter cette mort comme finale. "Elle saisit Mot, le fils d'El, et le fendit d'une lame."

A l'élimination de Mot, est due, selon le récit cananéen, la miraculeuse résurrection de Baal. Les éxégètes ont essayé de rationaliser ce fait en suggérant que tout ce récit n'était qu'une allégorie représentant simplement le récit des combats annuels dans le Proche-Orient entre l'été chaud et sans pluies dessé­chant la végétation, et la venue de la saison pluvieuse en automne, qui ravive et "ressuscite" la végétation. Mais, sans aucun doute, le récit cananéen ne se voulait pas allégorique, et il rapportait ce que l'on pensait être alors de vrais événements : comment les fils de la divinité principale avaient défié la défaite en revenant de la mort pour être l'héritier reconnu, à la grande joie d'El:

El, le bienveillant, le miséricordieux se réjouit.

Il pose ses pieds sur le tabouret.

Il déploie sa gorge et rit;

Il lève la voix et s'écrie :

« Je m'assoirai et me mettrai à mon aise,

L'âme se reposera dans ma poitrine;

Car Baal le puissant est vivant,

Car le Prince de la Terre existe! »

Selon les traditions cananéennes, Anat se tenait auprès de son frère le Seigneur (Baal) dans son combat à la vie et la mort avec Mot, le maléfique; ici le parallèle entre ce récit et la tradition grecque où la déesse Athéna se tenait au côté de Zeus durant son combat de vie et de mort avec Typhon, est clair. Athéna, comme nous l'avons vu, était appelée "parfaite jeune fille" bien qu'elle eût de nombreuses et illicites aventures amoureuses. De même l'épithète "la jeune fille Anat", était employée dans les traditions cananéennes (antérieures aux traditions grecques), qui, malgré cela, décrivaient ses différentes liaisons amou­reuses, particulièrement avec son frère Baal. Un texte décrit arrivée d'Anat au mont Zaphon, demeure de Baal. Baal se dépêcha de congédier ses femmes. Puis il tomba aux pieds de sa soeur, ils se regardèrent dans les yeux, ils enduisirent mutuellement leurs "cornes" d'huile.

Il la saisit et lui tient l'utérus...

Elle saisit et tient ses "galets"...

La jeune fille Anat.... est faite pour concevoir et porter.

Il n'est donc pas surprenant de voir Anat peinte souvent nue, cela afin de souligner ses attributs sexuels, comme le montre cette impression sur cachet illustrant Baal portant un casque et combattant un autre dieu.

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Autant dans la religion grecque que dans ses précurseurs directs, le panthéon cananéen comprend une déesse mère, la conjointe officielle du chef des divinités. Nommée Ashéra, elle est l'équivalent de la déesse grecque Héra. Astarté (Ashtoret dans la Bible), identique à Aphrodite, avait très souvent pour conjoint Athtar, associé à une planète très brillante qui est probablement l'équivalent d'Arès, le frère d'Aphrodite. Il y avait d'autres jeunes divinités, masculines et féminines, dont on peut facilement établir l'équivalent astral ou grec.

Outre de jeunes divinités, il y avait les "dieux d'antan" qui se tenaient à l'écart des affaires de ce monde mais étaient disponibles lorsque les dieux rencontraient de sérieuses difficultés. Certaines sculptures, même très endommagées, les montrent avec des traits altiers, des dieux reconnaissables par leur coiffure à cornes.

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D'où les Cananéens tenaient-ils leur culture et leur religion ?

L'Ancien Testament les considère comme faisant partie de la famille hamitique des nations qui a ses racines dans les terres chaudes (ham signifie chaud) de l'Afrique, des frères des Égyptiens.

Les artefacts et les archives écrites trouvées par les archéologues confirment cette affinité et les similitudes entre les divinités égyptiennes et cananéennes.

Les nombreux dieux nationaux et locaux, la multitude de noms et de leurs épithètes, la diversité de leur rôle, de leurs emblèmes, de leurs mascottes animales, nous font apparaître les dieux égyptiens comme une foule d'acteurs impénétrables sur une scène étrange. Mais, à les regarder de plus près, on constate qu'ils ne sont pas essentiellement différents de ceux des autres terres du monde ancien.

Les Égyptiens croyaient en de grands dieux, les dieux des Cieux et de la Terre, distincts de la multitude des petites divinités. G.A. Wainright ("The Sky-Religion in Egypt") résuma les faits en montrant que la croyance égyptienne aux dieux des Cieux qui descendirent sur Terre était "extrêmement ancienne". Certaines épithètes de ces grands dieux — Le Plus Grand Dieu, le Taureau des Cieux, Seigneur/Dame des Montagnes — nous semblent familiers.

Quoique les Égyptiens aient utilisé le système décimal, leurs affaires religieuses étaient régies par le système sexagésimal (soixante) sumérien, et les affaires célestes étaient soumises au nombre divin douze. Les cieux étaient divisés en trois parties comprenant chacune douze corps célestes. L'au-delà était aussi divisé en douze parties. Le jour et la nuit étaient chacun divisés en douze heures. Et toutes ces divisions avaient pour parallèle, des "compagnies" de dieux, qui, à leur tour, étaient chacune constituées de douze dieux.

Râ ("créateur"), à la tête du panthéon égyptien, présidait une assemblée de dieux au nombre de douze. Il avait accompli ses étonnants travaux de création à une époque primordiale, en faisant apparaître Geb ("Terre") et Nut ("Ciel").

Puis il fit pousser les plantes sur Terre, créa les créatures rampantes et enfin, l'homme. Râ était un dieu céleste invisible qui se manifes­tait seulement périodiquement. Il se manifestait par le Aten — le disque céleste, représenté tel un globe ailé.

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L'apparence et les activités de Râ sur Terre étaient, selon la tradition égyptienne, directement liées à la royauté d'Égypte. Selon cette tradition, les premiers souverains n'étaient pas des hommes, mais des dieux, et Râ fut le premier à régner sur l'Égypte. Par la suite, il divisa son royaume. Il donna à son fils Osiris la Basse-Égypte et à son fils Seth la Haute-Égypte. Mais Seth décida de renverser Osiris et finit pas le faire noyer. Isis, sœur et femme d'Osiris, alla chercher le corps mutilé d'Osiris et le ressuscita. Plus tard, il franchit "les portes secrètes" et rejoignit Râ sur son parcours céleste. Son fils Horus prit sa place sur le trône d'Égypte ; Horus était quelquefois représenté comme un dieu muni d'ailes et de cornes.

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Quoique le plus majestueux dans les cieux, sur Terre, Râ était le fils du Dieu Ptah ("le développeur", celui qui concevait les choses). Les Égyptiens croyaient que Ptah avait soulevé la terre d'Égypte enfouie sous les eaux, en construisant des digues à l'endroit où le Nil prend sa source. Ils disaient que ce grand dieu était venu en Égypte d'ailleurs, et qu'il avait établi non seulement l'Égypte, mais aussi "la terre des montagnes et la terre étrangère lointaine". En effet, les Égyptiens affirmaient que tous leurs "dieux d'antan" étaient venus du sud en bateau. On a retrouvé de nombreux dessins rupestres préhistoriques représentant ces dieux du passé (caractérisés par les cornes qu'ils portent sur la tête) arrivant en Égypte par bateau.

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La mer Rouge est la seule route maritime qui, en partant du sud, mène à l'Égypte, et il est intéressant de constater que les Égyptiens l'appelaient la mer de Our. Le signe hiéroglyphique pour Our désignait "la terre étrangère lointaine à l'est". Il n'est pas à exclure qu'il fasse également référence à l'Our sumérien qui se situait dans cette même direction.

Le mot égyptien pour "être divin" ou "dieu" était NTR, ce qui signifiait "celui qui garde". C'est précisément le sens de Shumer: "terre de celui qui garde".

On a, de nos jours, réfuté l'idée première que la civilisation prît naissance en Égypte. Il existe suffisamment de preuves indiquant que la société égyptienne structurée et sa civilisation, qui commencèrent plus d'un demi-millénaire après celles de Sumer, s'étaient inspirées de celles-ci pour la culture, l'archi­tecture, la technologie, l'écriture, et bien d'autres aspects in­hérents à la civilisation sumérienne évoluée. Il existe plus d'évidences que nécessaire pour affirmer que les dieux d'Égypte venaient de Sumer.

Les Cananéens, qui étaient leurs frères de sang et de culture, partageaient les même dieux. Mais, installés sur la bande de terre qui reliait l'Asie à l'Afrique depuis la nuit des temps, ils furent marqués par de fortes influences sémitiques et mésopo­tamiennes. Comme les Hittites au nord, les Hourrites au nord-est et les Égyptiens au sud, les Cananéens ne pouvaient pas se targuer d'avoir un panthéon originel. Eux aussi tiraient leur cosmogonie, leurs dieux, leurs légendes, d'ailleurs. Leurs contacts directs avec la source sumérienne furent les Amorites.

La terre des Amorites se trouvait entre la Mésopotamie et les terres méditerranéennes de l'Asie occidentale. Leur nom vient de l'akkadien amurru et du sumérien martu ("ceux de l'ouest"). Ils n'étaient pas considérés comme étrangers, mais comme habitants des provinces de l'ouest de Sumer et d'Akkad.

Des personnes portant des noms amorites étaient fonction­naires des temples de Sumer. Lorsque Our tomba, vers 2.000 av. J.-C., aux mains des envahisseurs élamites, un Martu nommé Ishbi-Irra rétablit la royauté à Larsa et libéra immédiatement Our pour y entreprendre la restauration du grand sanctuaire du Dieu Sin. Les chefs amorites y établirent la première grande dynastie indépendante en Assyrie aux alentours de 1.900 av. J.-C. Hammourabi, qui fit la grandeur de Babylone vers 1.800 av. J.-C., était le sixième successeur de cette première dynastie de Babylone.

Dans les années 1930, les archéologues découvrirent la capi­tale des Amorites, connue sous le nom de Mari. Là où aujourd'hui la frontière syrienne croise l'Euphrate, dans un tournant du fleuve, les chercheurs mirent au jour une ville principale dont les bâtiments avaient été continuellement bâtis et rebâtis, vers 3.000 et 2.000 av. J.-C., sur des fondations plus vieilles encore de quelques siècles. Ces restes d'une époque très ancienne comprennent une pyramide à degré et des temples consacrés aux dieux sumériens Inanna, Ninhoursag et Enlil.

Le palais de Mari occupait à lui seul deux hectares et comprenait une salle du trône avec d'étonnantes peintures murales, trois cents pièces différentes, des chambres de scribes, et — trouvaille plus remarquable pour les historiens —, plus de vingt mille tablettes d'écriture cunéiforme concernant l'économie, le commerce, la politique, la vie sociale de l'époque, les affaires d'État, les affaires militaires, et, bien évidemment, la religion de cette terre et de son peuple. Une des peintures murales du grand palais de Mari montre le sacre du roi Zimri-Lim par la déesse Inanna (appelée Ishtar par les Amorites).

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De même que dans les autres panthéons, la divinité principale physiquement présente de l'Amurrus était un dieu du Temps et de la Tempête. Ils l'appelaient Adad — l'équivalent du Baal cananéen ("seigneur") — et ils le surnommaient Hadad. Son symbole était — ce n'est pas surprenant — la foudre en forme de fourche.

Dans les textes cananéens, Baal est souvent appelé "Fils de Dagon". Les textes de Mari font allusion à une divinité plus ancienne appelée Dagon, "Seigneur de l'Abondance" qui — tout comme El — est décrit comme une divinité retirée qui, un jour, à propos du déroulement d'une guerre, se plaignit de ne plus être consultée.

Le dieu de la Lune, appelé Yerah par les Cananéens, Sin par les akkadiens, Nannar par les Sumériens, était un autre membre de ce panthéon; le Dieu du Soleil, couramment appelé Shamash et d'autres divinités dont les identités ne laissent aucun doute sur le fait que Mari était le lien (géographique et chronologique) entre les terres et les peuples de la Méditerranée orientale et les sources mésopotamiennes.

Parmi les objets retrouvés à Mari, comme ailleurs dans les terres de Sumer, il y a de nombreuses statues : des rois, des nobles, des prêtres, des chanteurs, invariablement représentés les mains jointes en prière, leur regard fixé pour toujours vers leurs dieux.

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Qui étaient donc ces dieux des Cieux et de la Terre, divins et cependant humains, qui étaient toujours à la tête d'un panthéon ou d'un cercle interne de douze divinités ?

Nous avons pénétré les temples des Grecs, des Aryens, des Hittites, et des Hourrites, des Cananéens, des Égyptiens et des Amorites. Nous avons suivi des chemins qui nous menèrent à travers les continents et les mers, et des indices qui nous firent parcourir plusieurs millénaires.

Et tous les couloirs de tous les temples nous ont menés à une source unique : Sumer.




















Date de dernière mise à jour : 17/07/2012