La fin de toute chair

Extrait du livre de Zecharia SITCHIN

Cette conviction persistante de l'homme qu'il eut un âge d'or dans sa préhistoire ne peut, en aucun cas, reposer sur la mémoire humaine, car cet événement eut lieu il y a trop longtemps, et l'homme était trop primitif pour enregistrer une seule information concrète pour les générations à venir. Si l'humanité conserve cependant inconsciemment la sensation qu'en ces époques premières l'homme vécut une période de paix et de bonheur, c'est tout simplement par pure ignorance. C'est également parce que les récits de cette époque furent, tout d'abord, racontés à l'humanité, non pas par les premiers hommes, mais par les Néfilim eux-mêmes.

Le seul compte rendu complet des événements qui touchèrent l'homme après son exclusion de la demeure des dieux en Mésopotamie est le conte biblique d'Adam et Ève dans le Jardin d'Éden :

Genèse 2.8-9

Et le Dieu Yahvé planta un verger En Éden, à l'est; Il y installa l'Adam Qu'il avait créé. Et le Dieu Yahvé Fit pousser de la terre Tous les arbres qui plaisent au regard Et sont bons à manger; Et l'Arbre de Vie était dans le verger Et l'Arbre de la Connaissance du bon et du mauvais...
Genèse 2.15-17

Et le Dieu Yahvé prit l'Adam Et l'installa dans le Jardin de l'Éden Pour qu'il le travail et l'entretienne.
Et le dieu Yahvé Commanda à Adam : « De chaque arbre du verger tu peux manger; mais l'arbre de la Connaissance du bon et du mauvais tu ne mangeras pas; car le jour où tu en mangeras tu en mourras sûrement ».

Quoique les Terriens eussent à leur disposition deux arbres aux fruits vitaux, il leur était défendu de cueillir les fruits d'un seul : l'Arbre de la Connaissance. Le Dieu — à ce moment-là — semblait peu soucieux que l'homme cueille le Fruit de Vie. Or l'homme ne put même pas respecter une simple interdiction; c'est ainsi que commença la tragédie.

Le tableau idyllique laissa bientôt la place aux événements dramatiques que les savants et les théologiens de la Bible appellent la Chute de l'Homme. C'est un conte fait de comman­dements divins non respectés, de mensonges divins, d'un ser­pent rusé (mais qui lui dit la vérité), de sentence et d'exil.

Surgissant de nulle part, le Serpent défia les avertissements solennels de Dieu :

Genèse 3.1-7

Et le Serpent... dit à la femme : « Le Dieu a-t-il vraiment dit "Tu ne devras te nourrir à aucun arbre du verger" ? »
Et la femme répondit au Serpent : « Des fruits des arbres du verger nous pouvons manger; c'est le fruit de l'arbre au coeur du verger dont Dieu a dit : "Vous n'en mangerez pas ni le toucherez, sous peine de mourir". »

Et le Serpent dit à la femme : « Nenni, en vérité, tu ne mourras point; C'est seulement que Dieu sait bien que le jour où tu en mangeras tes yeux s'ouvriront et tu seras comme le Dieu - en connaissance du bien et du mal. »

Et la femme vit que l'arbre était bon à manger Et qu'il était plaisant à admirer; Et l'arbre avait le désir de rendre chacun sage; Et elle prit de son fruit et mangea, Et en donna aussi à son compagnon, et il mangea. Et les yeux de chacun d'eux s'ouvrirent, Et ils surent qu'ils étaient nus; Et ils assemblèrent des feuilles de figuiers, Et s'en firent des pagnes.

On a beau lire et relire ce conte précis et concis, on ne peut s'empêcher de se demander ce que fut véritablement cette confrontation. Ayant reçu l'interdiction, sous peine de mort, même de toucher à l'Arbre de la Connaissance, les deux Terriens se laissèrent convaincre de saisir et de manger ce qui les rendraient aussi "savants" que la divinité. Or, que se passa-t-il ? Ils prirent subitement conscience de leur nudité !

Cet état de nudité était, par conséquent, un aspect principal de tout l'incident. Le conte biblique d'Adam et Ève dans le Jardin d'Éden s'ouvre sur cette phrase : "Et tous deux étaient nus, l'Adam et sa compagne, ils ne ressentaient pas la honte." Il faut comprendre qu'ils étaient à un stade du développement humain moindre que celui d'humains complètement développés : non seulement ils étaient nus, mais ils n'avaient pas conscience de ce qu'impliquait une telle nudité.

Une étude plus approfondie du conte biblique suggère que son thème est, en fait, l'acquisition par l'homme de certaines prouesses sexuelles. La "connaissance" dissimulée à l'homme n'avait rien de scientifique. Elle concernait le sexe masculin et féminin, car, dès que l'homme et la femme eurent acquis la "connaissance", "ils surent aussitôt qu'ils étaient nus" et couvrirent leurs organes sexuels.

Plus loin le récit confirme le rapport entre la nudité et le manque de connaissance, car, en un rien de temps, la Divinité avait fait le rapprochement :

Genèse 3.8-11

Et ils entendirent les pas de Dieu Yahvé Qui avançait dans le verger dans la brise du jour, Et l'Adam et sa compagne se cachèrent Du dieu Yahvé parmi les arbres du verger. Et Dieu Yahvé appela l'Adam Et dit « Où es-tu ? » Et il répondit : « J'ai entendu ton pas dans le verger et je fus effrayé, car je suis nu; et je me suis caché ». Et Il dit : « Qui t'as dit que tu étais nu ? As-tu mangé du fruit de l'arbre, dont je t'avais commandé de ne pas manger ? »

Reconnaissant la vérité, le Travailleur Primitif accusa sa compagne qui, à son tour, accusa le Serpent. Terriblement courroucé, Dieu maudit le Serpent et les deux Terriens. Puis, de façon surprenante, "Dieu Yahvé confectionna pour Adam et sa femme des vêtements de peau, et les en vêtit".

Personne ne peut sérieusement en conclure que le but de cet incident — qui conduisit à l'expulsion des Terriens du Jardin de l'Éden — sert à expliquer, sous forme de conte, comment l'homme en vint à porter des vêtements. Le port des vêtements n'était qu'une manifestation extérieure de la nouvelle "connais­sance". L'acquisition de cette "connaissance" et les tentatives de Dieu à vouloir en priver l'homme constituent le thème central de ces événements.

A défaut d'avoir encore mis au jour un équivalent mésopota­mien du récit biblique, il reste peu de doute que — comme tous les matériaux bibliques concernant la création et la préhistoire de l'homme — le récit est d'origine sumérienne.

Nous avons les lieux : la demeure des dieux en Mésopotamie. Nous avons le jeu de mots très parlant du nom Ève ("celle de la vie", "celle de la côte"). Et enfin, comme dans la demeure d'Anou, les deux arbres vitaux, l'Arbre de Connaissance et l'Arbre de Vie.

Les paroles même de la Divinité évoquent une origine sumé­rienne, car la divinité hébraïque unique reprend le pluriel en s'adressant aux collègues divins qui figuraient, non pas dans La Bible, mais dans les textes sumériens :

Alors Dieu Yahvé dit : « Regardez, l'Adam est devenu comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal. Et à présent ne pourrait-il pas tendre la main Et prendre aussi de l'Arbre de Vie, en manger, et vivre pour toujours ? »
Et Dieu Yahvé chassa l'Adam du verger de l'Éden.

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Comme le montrent de nombreuses illustrations sumé­riennes, il y eut une époque où l'Homme, le Travailleur Primitif, servait ses dieux, complètement nu. Il était nu, aussi bien lorsqu'il servait à ses dieux le boire et le manger, que lorsqu'il travaillait dans les champs ou sur les chantiers.

Cela indique clairement que le statut de l'homme vis-à-vis des dieux ne différait guère de celui des animaux domestiques. Les dieux avaient tout simplement amélioré un animal déjà existant pour satisfaire leurs besoins de main-d'œuvre. Le manque de "connaissance" signifie-t-il alors, que, nu comme un animal, l'être nouvellement créé copulait comme — ou même avec — les animaux ? De très anciennes illustrations indiquent que ce fut le cas.

Les textes sumériens, telle l'"Épopée de Gilgamesh", suggèrent que les mœurs sexuelles servaient à distinguer l'homme sauvage de l'homme humain. Quand le peuple d'Ourouk voulut civiliser le sauvage « Enkidou » — "le barbare des profondeurs des steppes" —, ils s'assurèrent des services d'une "fille de joie" et l'envoyèrent à la rencontre d'Enkidou, près du point d'eau où il côtoyait plusieurs animaux, afin qu'elle lui offrît là sa "maturité".

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Il semble, d'après les textes, que le tournant crucial dans le processus visant à "civiliser" Enkidou s'effectua lorsque celui-ci fut rejeté par les animaux qu'il avait trahis. Il était important — les gens d'Ourouk dirent à la fille — qu'elle continuât à lui offrir un "travail de femme" jusqu'à ce que "ses bêtes sauvages" qui grandissaient sur la steppe le rejettent. Il fallait, pour faire d'Enkidou un humain, qu'il soit absolument détourné de la pratique de la sodomie.

La jeune femme libéra ses seins, dénuda sa poitrine, et il posséda sa maturité... Elle lui offrit à lui, le sauvage, un travail de femme.

Apparemment, le projet réussit. Après six jours et sept nuits, "après qu'il fut rassasié de ses charmes", il se souvint de ses premiers compagnons.  Il tourna son visage vers ses bêtes sauvages; mais En le voyant, les gazelles détalèrent. Les bêtes sauvages de la steppe s'écartèrent de son corps.

La tournure est explicite. Le rapport sexuel humain entraîna un changement si profond chez Enkidou que les animaux dont il s'était fait des amis "se détournèrent de son corps". Ils ne se contentèrent pas de s'enfuir, ils évitèrent tout contact physique avec lui.

Interloqué, Enkidou se tint immobile un certain temps "car ses animaux sauvages étaient partis". Mais, comme l'explique le texte ancien, il ne devait pas regretter ce changement :

A présent, il avait une vision, une plus grande compréhension... La prostituée lui dit, à lui, Enkidou:
« Tu as la Connaissance, maintenant, Enkidou; Tu es devenu comme un dieu ! »

Les mots de ce texte mésopotamien sont presque semblables à ceux du conte biblique d'Adam et Ève. Comme l'avait prédit le Serpent, en mangeant du fruit de l'Arbre de Connaissance, ils étaient devenus — dans le domaine sexuel — "comme le Dieu : connaissant le bien et le mal."

Si cela voulait seulement dire que l'homme en était venu à reconnaître que la pratique d'actes sexuels avec les animaux n'était pas civilisée ou était mauvaise, pourquoi Adam et Ève furent-ils punis pour avoir renoncé à la sodomie ? L'Ancien Testament regorge d'admonitions contre la sodomie, mais il est inconcevable que l'apprentissage d'une vertu puisse déclencher l'ire divine.

La "connaissance" que l'homme acquit à l'encontre du désir d'un Dieu — ou d'un des dieux — devait être d'une nature plus profonde. Il s'agissait de quelque chose de bon pour l'homme, mais toutefois de quelque chose que ses créateurs ne souhaitaient pas qu'il eût.

Pour bien saisir le sens de cet événement, il faut lire très attentivement entre les lignes la malédiction dirigée contre Ève :

Genèse 3.16

Et à la femme Il dit : « Je multiplierai grandement ta souffrance par ta grossesse. Dans la souffrance tu enfanteras, cependant ton compagnon tu désireras »...

Genèse 3.20

Et l'Adam appela sa femme "Ève", car elle était la mère de tout ce qui vit.

Voilà ce qui, vraiment, constitue l'événement marquant qui nous fut transmis par le récit biblique. Tant qu'il manquait à Adam et Ève la connaissance, ils vivaient sans descendance dans le Jardin de l'Éden. Ayant obtenu "la connaissance", Ève acquit le pouvoir (et la douleur) d'être enceinte et d'enfanter. C'est seulement après que le couple eut acquis cette "connaissance" qu'"Adam connut Ève, sa femme, et qu'elle conçut et donna naissance à Caïn".

D'un bout à l'autre de l'Ancien Testament, le terme "connaître" est employé pour parler des rapports sexuels, principalement entre un homme et son épouse dans le but d'avoir des enfants. Le récit d'Adam et d'Ève dans le Jardin d'Éden est un pas en avant crucial dans l'évolution de l'homme. L'acquisition de la capacité à procréer.

Il n'est aucunement surprenant que les premiers représentants d'homo sapiens fussent incapables de se reproduire. Quelle qu'ait été la méthode utilisée par les Néfilim pour injecter une certaine quantité de leur matière génétique dans la composition biologique des hominidés qu'ils sélectionnèrent à cet effet, l'être nouveau était un hybride, un croisement entre deux espèces différentes, quoique ayant des relations entre elles. Comme une mule (croisement d'une jument avec un âne), un mammifère hybride est stérile. Grâce à l'insémination artifi­cielle et avec d'autres méthodes plus sophistiquées d'ingénierie biologique, il est possible de produire autant de mules que souhaitées sans recours à la jument et à l'âne; mais aucune mule ne peut procréer ni engendrer une autre mule.

Les Néfilim se contentèrent-ils, tout d'abord, de créer les "mules humaines" dont ils avaient besoin ?

Une scène représentée sur une sculpture de pierre trouvée dans les montagnes du sud de l'Élam est propre à éveiller notre curiosité. Elle dépeint une divinité assise tenant un flacon de "laboratoire" duquel s'écoulent des liquides — une représenta­tion familière d'Enki. Une grande déesse est assise près de lui, une position qui indique qu'elle était plus une collaboratrice qu'une épouse. Il ne pouvait s'agir que de Ninti, la déesse mère ou Déesse de la Maternité. Tous deux sont entourés de déesses subalternes, qui font penser aux déesses des récits de la créa­tion. Face à ces créateurs de l'homme, se trouvent des rangées d'êtres humains dont le trait le plus frappant est qu'ils sont tous semblables, comme des produits d'un même moule.

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Une scène représentée sur une sculpture de pierre trouvée dans les montagnes du sud de l'Élam est propre à éveiller notre curiosité. Elle dépeint une divinité assise tenant un flacon de "laboratoire" duquel s'écoulent des liquides — une représenta­tion familière d'Enki. Une grande déesse est assise près de lui, une position qui indique qu'elle était plus une collaboratrice qu'une épouse. Il ne pouvait s'agir que de Ninti, la déesse mère ou Déesse de la Maternité. Tous deux sont entourés de déesses subalternes, qui font penser aux déesses des récits de la créa­tion. Face à ces créateurs de l'homme, se trouvent des rangées d'êtres humains dont le trait le plus frappant est qu'ils sont tous semblables, comme des produits d'un même moule.

Notre attention se porte aussi à nouveau sur l'ancien conte sumérien traitant des mâles et des femelles imparfaits qu'Enki et la déesse mère firent naître au commencement; ils étaient dénués de sexualité, c'est-à-dire des êtres sexuellement in­complets. Ce texte évoque-t-il la première phase de l'existence d'un Homme hybride — un être ayant la ressemblance et l'image des dieux, mais incomplet sexuellement : manquant de "connaissance" ?

Une fois le "modèle parfait" — Adapa/Adam — mis au point par Enki, les techniques de "production-de-masse" utilisées sont décrites dans les textes sumériens : implantation des ovules traités génétiquement dans une "chaîne de production" de déesses de naissance, tout en sachant auparavant qu'une moitié produirait des mâles et l'autre des femelles. Non seulement cela indique la technique par laquelle l'homme hybride fut "manufacturé", mais cela implique aussi que l'homme ne pouvait pas procréer lui-même.

Il a été découvert récemment que l'incapacité de procréer chez les hybrides est due à une déficience dans les cellules reproductrices. Alors que toutes les cellules contiennent seulement un ensemble de chromosomes héréditaires, l'homme et les autres mammifères peuvent se reproduire car leurs cellules sexuelles — le sperme du mâle et l'ovule de la femelle — en contiennent chacune deux. Mais cette caractéristique unique fait défaut chez les hybrides. Dès à présent, des essais en science génétique sont entrepris afin de pourvoir les hybrides d'un double ensemble de chromosomes dans leurs cellules génétiques, ce qui les rendrait sexuellement "normaux".

Est-ce cette modification que le dieu, dont l'épithète était "Le Serpent", apporta à l'humanité ?

Le Serpent de la Bible n'était certes pas un vulgaire serpent : il pouvait tenir une conversation avec Ève, il connaissait la vérité au sujet de la "connaissance", et il était d'un rang très élevé pour se permettre, sans hésitation, de dévoiler le mensonge de la divinité. Nous nous souvenons que, dans toutes les traditions anciennes, la divinité principale lutta contre un adversaire Serpent — un conte dont les racines remontent, sans aucun doute, aux dieux de Sumer.

Le conte de la Bible révèle de nombreuses traces quant à son origine sumérienne, y compris la présence d'autres divinités : "l'Adam est devenu l'un d'entre nous." La possibilité que les rivaux de la Bible — la divinité et le Serpent — représentent Enlil et Enki nous semble entièrement plausible.

Leur antagonisme, comme nous l'avons découvert, découlait à l'origine du transfert du commandement de la Terre à Enlil, et cela bien qu'Enki en eut été le vrai pionnier. Pendant qu'Enlil se trouvait confortablement installé au Centre de Contrôle de Mission à Nippour, Enki fut envoyé au Monde d'En-Bas pour organiser les opérations minières.

La mutinerie des Anounnaki fut dirigée contre Enlil et son fils Ninourta; le dieu qui prit la défense des mutins fut Enki. C'est Enki qui suggéra et entreprit la création des Travailleurs Primitifs; et ce n'est que par la force qu'Enlil put obtenir quelques-unes de ces merveilleuses créa­tures. Au fur et à mesure que les textes sumériens rapportent le cours des événements humains, en règle générale Enki fait figure de protagoniste de l'humanité, et Enlil de maître discipli­naire ou d'antagoniste pur et simple. Le rôle d'une divinité souhaitant priver sexuellement les nouveaux humains, et celui d'une autre divinité désireuse et capable de transmettre le fruit de la "connaissance" à l'humanité, conviennent parfaitement respectivement à Enlil et Enki.

Une fois de plus, les jeux de mots sumériens et bibliques nous viennent en aide. Le terme de la Bible pour "Serpent" est "nahash", qui signifie bien "serpent". Mais le mot provient de la racine NHSH, qui veut dire "déchiffrer, découvrir"; par conséquent nahash pourrait vouloir dire "celui qui peut déchiffrer, celui qui découvre les choses", une épithète qui convient à Enki, le principal savant, le Dieu de la Connaissance des Néfilim.

En établissant des parallèles entre le conte mésopotamien "d'Adapa" (celui qui obtint la "connaissance", mais ne réussit pas à obtenir la vie éternelle) et la destinée d'Adam, S. Langdon (Semitic Mythology) reproduisit une illustration, mise au jour en Mésopotamie, qui évoque le conte de la Bible : un serpent enlaçant un arbre et désignant son fruit. Les symboles célestes sont significatifs : bien au-dessus, se trouve la Planète du Croise­ment, représentant Anou; près du serpent, se trouve le crois­sant de la Lune, qui signifie Enki.

En établissant des parallèles entre le conte mésopotamien d'Adapa (celui qui obtint la "connaissance", mais ne réussit pas à obtenir la vie éternelle) et la destinée d'Adam, S. Langdon (Semitic Mythology) reproduisit une illustration, mise au jour en Mésopotamie, qui évoque le conte de la Bible : un serpent enlaçant un arbre et désignant son fruit.

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Les symboles célestes sont significatifs : bien au-dessus, se trouve la Planète du Croise­ment, représentant Anou; près du serpent, se trouve le crois­sant de la Lune, qui signifie Enki.

Ce qui conforte le plus nos découvertes est le fait que, dans les textes mésopotamiens, le dieu qui accorda éventuellement la "connaissance" à Adapa n'était autre qu'Enki :

Il perfectionna pour lui une grande compréhension... La Sagesse [il la lui avait donnée]... A lui, il avait donné la Connaissance; La Vie Eternelle, il ne lui avait pas donnée.

Un conte illustré, gravé sur un sceau cylindrique trouvé à Mari, pourrait très bien représenter une ancienne illustration de la version mésopotamienne du conte de la Genèse. L'illustration montre un grand dieu assis sur un haut monticule dominant des vagues d'eau. Une description évidente d'Enki. Des serpents crachant de l'eau dépassent de chaque côté de son "trône".

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La figure centrale est flanquée de deux dieux ressemblants à des arbres. Celui de droite, dont les branches se terminent en forme de pénis, porte un bol qui, semble-t-il, contiendrait le Fruit de Vie. Celui de gauche, dont les branches se terminent en forme de vagin, offre des branches portant des fruits représentant l'Arbre de la "Connaissance" — le don divin de procréation.

Debout, à côté, se trouve un autre Grand Dieu; nous suggérons qu'il s'agit d'Enlil. Sa colère contre Enki est évidente.

Un conte illustré, gravé sur un sceau cylindrique trouvé à Mari, pourrait très bien représenter une ancienne illustration de la version mésopotamienne du conte de la Genèse. L'illustration montre un grand dieu assis sur un haut monticule dominant des vagues d'eau. Une description évidente d'Enki. Des serpents crachant de l'eau dépassent de chaque côté de son "trône".
La figure centrale est flanquée de deux dieux ressemblants à des arbres. Celui de droite, dont les branches se terminent en forme de pénis, porte un bol qui, semble-t-il, contiendrait le Fruit de Vie. Celui de gauche, dont les branches se terminent en forme de vagin, offre des branches portant des fruits représentant l'Arbre de la "Connaissance" — le don divin de procréation.
Debout, à côté, se trouve un autre Grand Dieu; nous suggérons qu'il s'agit d'Enlil. Sa colère contre Enki est évidente.

Nous ne saurons jamais la cause du "conflit dans le Jardin d'Éden". Mais quels que fussent les motifs d'Enki, il réussit à perfectionner le Travailleur Primitif et à créer l'homo sapiens, qui pouvait engendrer sa propre progéniture.

Après que l'homme eut acquis la "Connaissance", l'Ancien Testament cesse de le désigner par l'expression "l'Adam", et il adopte pour sujet Adam, une personne spécifique, le premier patriarche de la lignée du peuple auquel s'intéresse la Bible. Cependant, cette prise de conscience de l'homme marqua aussitôt le début du schisme entre Dieu et l'homme.

L'homme n'étant plus un serf muet des dieux, mais une personne se prenant en charge, le Livre de la Genèse attribue cette séparation, non pas à une décision de l'homme lui-même, mais à la mise en vigueur d'une punition décidée par la Divinité : pour éviter que la créature terrestre acquière également la capacité d'échapper à la mort, il devait être chassé du Jardin de l'Éden. Selon ces sources, l'existence indépendante de l'homme ne commença pas en Mésopotamie du Sud, là où les Néfilim avaient établi leurs villes et leurs vergers, mais à l'est, dans la chaîne de montagne de Zagros : "Et Il chassa l'Adam et le fit résider à l'est du Jardin de l'Éden."

Une fois de plus, l'information de la Bible est conforme aux résultats scientifiques : la culture humaine commença dans la région montagneuse au bord de la plaine mésopotamienne. Quel dommage que le récit de la Bible, qui concerne la première vie civilisée de l'homme sur Terre, soit si bref.

Chassé de la demeure des dieux, condamné à la vie d'un mortel, mais capable, lui aussi de procréer, l'homme se mit à procréer. Le premier Adam, dont les générations concernent l'Ancien Testament, "connut" sa femme Ève et elle lui donna un fils Caïn, qui laboura la terre. Ensuite Ève donna naissance à Abel, qui était un berger. Tout en laissant supposer que l'ho­mosexualité pouvait être mise en cause, la Bible raconte com­ment "Caïn se retourna contre son frère Abel et le tua".

Craignant pour sa vie, la Divinité offrit à Caïn un signe protecteur et lui ordonna d'aller plus vers l'est. Vivant comme un nomade, il finit par s'installer dans "la Terre des Migrations, bien à l'est de l'Éden". Là, il eut un fils qu'il nomma Énoch ("inauguration") "et il construisit une ville à laquelle il donna le nom de son fils". Énoch, à son tour, eut des enfants, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants. Lamech naquit au cours de la sixième génération après Caïn; la Bible attribue à ses trois fils le statut de fondateurs de la civilisation : Jabal "fut le père de ceux qui vivent dans des tentes et ont du bétail"; Jubal "fut le père de tous ceux qui tiennent la lyre et la harpe"; Tubal-Caïn fut le premier forgeron.

Mais Lamech, tel son ancêtre Caïn, fut mêlé à un meur­tre — cette fois-ci d'un homme et d'un enfant. On peut ai­sément supposer que les victimes n'étaient pas de simples étrangers, car le livre de la Genèse insiste sur cet incident et le considère comme un point crucial dans la lignée d'Adam. La Bible raconte que Lamech fit venir ses deux femmes, mères de trois fils, et leur confessa le double meurtre, déclarant : "Si Caïn pouvait être par sept fois vengé, Lamech le sera soixante-dix et sept fois." On doit supposer que ce commentaire peu clair concerne la succession; nous le comprenons comme l'aveu de Lamech à ses deux femmes que l'espoir de la malédiction de Caïn aurait été racheté au bout de la septième génération (la génération de leurs fils), mais en vain. A présent, une nouvelle malédiction d'une bien plus grande durée s'imposait sur la maison de Lamech.

Confirmant que l'événement en question concernait la ligne de succession, les vers suivants nous font part de l'établisse­ment immédiat d'une lignée nouvelle et pure :

(Genesis 4,25)

Et Adam connut sa femme à nouveau et elle lui donna un fils et l'appela Seth ["fondation"]
car la Divinité a créé pour moi une autre graine à la place d'Abel, qui avait été tué par Caïn.

A partir de là, l'Ancien Testament cesse de s'intéresser à la lignée souillée de Caïn et de Lamech. Sa poursuite des événements humains est dorénavant un récit ancré dans la lignée d'Adam par son fils Seth, puis le premier-né de Seth, Énosh, dont le nom a pris en hébreu la connotation générique d'"être humain". "C'est dès lors", précise la Genèse, "que l'on commença à invoquer le nom de la Divinité".

Cette énigmatique déclaration a déconcerté les savants et les théologiens de la Bible à travers les temps. Elle est suivie par un chapitre dressant la généalogie d'Adam, par Seth et Énosh pendant dix générations qui conduisent à Noé, le héros du déluge.

Les textes sumériens, qui décrivent les premiers temps où les dieux vivaient seuls à Sumer, détaillent avec la même précision la vie des humains à Sumer, à une époque plus récente, mais avant le déluge. L'histoire originelle et sumérienne du déluge a son "Noé", un "homme de Shourouppak", la septième ville qui fut établie par les Néfilim lorsqu'ils atterrirent sur Terre.

A un moment donné, il fut donc permis, aux êtres humains — bannis d'Éden — de revenir en Mésopotamie vivre auprès des dieux, de les servir et de les vénérer. Lorsque nous interprétons cette déclaration de la Bible, cela se déroula aux temps d'Énosh. C'est alors que les dieux permirent aux hommes de revenir en Mésopotamie, pour servir les dieux "et pour invoquer le nom de la divinité".

Impatient de passer à l'événement épique suivant de la saga humaine, le déluge, le livre de la Genèse donne très peu d'informations, mis à part les noms des patriarches qui suivirent Énosh. Mais la signification du nom de chaque patriarche peut bien faire allusion aux événements qui se déroulèrent durant sa vie.

Caïnan ("petit Caïn") était le fils d'Énosh, par lequel la lignée pure fut assurée. Certains savants interprétèrent le nom comme signifiant "métallurgiste". Le fils de Caïnan était Mahalal-El ("glorificateur de dieu"). Il était suivi de Jared ("celui qui descendit"), dont le fils Énoch (le "consacré"), à l'âge de 365 ans, fut transporté au Ciel par la Divinité ! Mais trois cents ans plus tôt, à l'âge de soixante-cinq ans, Énoch eut un fils nommé Methuselah; de nombreux savants, en accord avec Lettia D. Jeffreys (Ancient Hebrew Names : Their Significance and Historical Value) traduisent Methuselah par "homme du missile".

Le fils de Methuselah fut nommé Lamech, ce qui signifie "celui qui fut fait humble". Et Lamech engendra Noah ("répit") en déclarant : "Que celui-ci nous réconforte de notre travail et de la souffrance de nos mains qu'impose la terre que la divinité a maudite."

Il semble que, lorsque Noé naquit, l'humanité souffrait de grandes privations. Le dur travail et le labeur ne conduisaient nulle part car la Terre, qui devait les nourrir, était maudite. Tout était en place pour le déluge — l'événement monumental qui devait détruire de la face de la Terre, non seulement la race humaine, mais aussi toute forme de vie sur les terres et dans les cieux.

Et la Divinité vit que la méchanceté de l'Homme était grande sur la terre, et que tous les désirs pensés dans son cœur étaient tournés vers le mal, chaque jour. Et la Divinité se repentit d'avoir créé l'Homme sur la terre, et Son cœur s'affligea. Et la Divinité dit : « Je vais détruire le Terrien que j'ai créé de la surface de la terre ».

Voici de bien vagues accusations pour justifier les mesures draconiennes visant à "éliminer toute chair". Mais elles manquent de spécificité, et savants tout aussi bien que théolo­giens ne trouvent aucune réponse satisfaisante aux péchés ou "violations" qui auraient pu contrarier à ce point la Divinité.

Les maintes utilisations du terme chair, autant dans les vers incriminants que dans les proclamations du jugement, sug­gèrent, bien évidemment, que la corruption et les violations avaient à voir avec la chair. La divinité était affligée par le mauvais "désir des pensées de l'homme". L'homme, semblerait-il, après avoir découvert la sexualité était devenu un maniaque sexuel.

Qui peut accepter le fait que la divinité ait pu décider d'anni­hiler l'humanité de la face de la Terre simplement parce que les hommes firent trop l'amour à leurs femmes ? Les textes méso­potamiens parlent ouvertement et avec éloquence de la sexuali­té et des rapports sexuels des dieux. Il existe des textes décrivant le tendre amour des dieux et de leurs conjointes; l'amour illicite entre une vierge et son amant, et même l'amour violent (lorsque Enlil viola Ninlil). Il y a une abondance de textes décrivant les préambules amoureux et la copulation chez les dieux, que ce soit avec leurs conjointes officielles ou leurs concubines non officielles, avec leurs sœurs et leurs filles et même leurs petites-filles (le passe-temps préféré d'Enki était de faire l'amour à ses petites-filles). De tels dieux pouvaient difficilement se retourner contre l'humanité qui s'était conduite de la même manière qu'eux.

Nous pensons que la divinité n'était pas seulement motivée par son souci du comportement moral des humains. La cause de la soudaine montée de son écœurement fut l'attitude grandissante de profanation des dieux eux-mêmes. Vue sous cet angle, la signification des premiers vers déconcertants du chapitre 6 de la Genèse s'éclaircit :

(Genesis 6,1-2)

Et il vint à passer, Lorsque les Terriens commencèrent à augmenter en nombres sur la face de la Terre, et ils donnèrent naissance à leurs filles, que les fils des divinités virent les filles des Terriens et elles étaient compatibles, et ils prirent pour eux-mêmes des femmes qu'ils choisirent.

Tel que ces vers le présentent explicitement, c'est lorsque les fils des dieux commencèrent à s'intéresser sexuellement à la progéniture des Terriens que la Divinité s'écria « C'en est assez !»

(Genesis 6,3)

Et la Divinité dit : « Mon esprit ne protégera pas l'Homme éternellement; s'étant égaré, il n'est que chair... ».

Pendant des millénaires, cette déclaration est restée tout aussi énigmatique. Présentée à la lumière de nos conclusions à propos de la manipulation génétique déployée lors de la création de l'homme, les vers apportent un message à nos scientifiques. "L'esprit" des dieux — leur perfectionnement génétique de l'humanité — commençait à se détériorer. L'humanité s'était "égarée", revenant ainsi à un être qui n'était fait "que de chair" — plus proche de ses origines animales et simiesques.

Nous pouvons dorénavant comprendre l'importance qu'attacha l'Ancien Testament dans sa distinction entre Noé, "un homme juste... pur dans ses généalogies", et "toute la terre qui était corrompue". En se mariant avec les hommes et les femmes d'une descendance génétique de moins en moins pure, les dieux se soumettaient eux-mêmes à cette détérioration. En soulignant que Noé, seul, continuait à être génétiquement pur, le conte de la Bible explicite la contradiction de la divinité : venant de décider d'exterminer toute vie de la surface de la Terre, il entreprit de sauver Noé et ses descendants ainsi que "chaque animal sain", et d'autres bêtes et oiseaux "afin de conserver la graine en Vie sur la surface de toute la Terre".

Cherchant à déjouer son propre but initial, la divinité prévint Noé de la catastrophe à venir et l'aida à construire l'arche qui porterait sur l'eau les hommes et les créatures qui devaient être sauvés. Noé ne reçut qu'un délai de sept jours. Il réussit néan­moins à construire l'arche et à la rendre étanche, à rassembler toutes les créatures, à les placer avec sa famille à bord, à charger les provisions, le tout en temps voulu. "Et il advint qu'après les sept jours, les eaux du déluge s'abattirent sur la terre". Ce qui advint est décrit au mieux dans la Bible :

(Genesis 7,11)

Ce jour-là, toutes les fontaines de la grande profondeur éclatèrent, et les vannes des cieux furent ouvertes...
(Genesis 7,17-21)

Et le Déluge fut quarante jours sur la Terre, et les eaux augmentèrent, et portèrent l'arche, et elle fut soulevée au-dessus de la terre. Et les eaux gagnèrent en puissance et gonflèrent énormément sur la terre, et l'arche flottait sur les eaux. Et les eaux devinrent d'une puissance extrême sur la terre et toutes les hautes montagnes furent recouvertes, celles qui sont sous tous les cieux : l'eau régna à 15 coudées au-dessus d'elles, et les montagnes furent recouvertes. Et toute chair périt...
(Genesis 7,23)

L'homme comme le bétail, les choses rampantes et les oiseaux des cieux furent rayés de la face de la Terre; Et seuls restèrent Noé, et ceux qui étaient avec lui dans l'arche.

Les eaux régnèrent sur la Terre durant 150 jours, quand la divinité...

(Genesis 8,1-4)
...fit souffler un vent sur la Terre, et les eaux furent calmées. Et les fontaines des profondeurs furent closes, tout comme les vannes des cieux; et la pluie des cieux fut stoppée. Et les eaux commencèrent à se retirer de la Terre, allant et venant. Et après cent cinquante jours, les eaux baissèrent; et l'arche reposa sur les Monts d'Ararat.

Selon la version de la Bible, cette épreuve subie par l'humanité commença "dans la six centième année de la vie de Noé, au deuxième mois, au dix-septième jour du mois". L'arche reposa sur les monts d'Ararat "dans le septième mois, le dix-septième jour du mois". La montée des eaux et leur "retour" progressif — assez pour baisser et permettre à l'arche de s'immobiliser sur les pics d'Ararat — durèrent ainsi cinq mois.

Puis, "les eaux continuèrent à diminuer, jusqu'à ce que les sommets des montagnes" — et pas uniquement les majestueux Ararats — "fussent visibles au onzième jour du dixième mois", presque trois mois plus tard.

Noé attendit encore quarante jours. Alors, il envoya un corbeau et une colombe "pour voir si les eaux avaient baissé et disparu de la surface du sol". Au troisième essai, la colombe revint, tenant en son bec une feuille d'olivier, cela indiquant que les eaux avaient suffisamment reculé pour être plus basses que la cime des arbres. Peu de temps après, Noé envoya à nouveau la colombe, "mais jamais elle ne revint". Le déluge était fini.

(Genesis 8,13)

... Et Noé enleva le toit de l'Arche et regarda, et contempla : la surface du sol était sèche.

(Genesis 8,14)

"Au deuxième mois, le vingt-septième jour du mois, la terre sécha." C'était les six cent et unième années de Noé. L'épreuve avait duré un an et dix jours.

Alors Noé — et tout ce qui était avec lui dans l'arche — sortit. Et il construisit un autel pour offrir sur le bûcher des sacrifices à la divinité.

(Genesis 8,21)

Et la Divinité huma l'odeur appétissante et se dit en son for intérieur : « Je ne maudirai plus jamais la terre sèche à cause du Terrien; car le désir de son cœur est le mal dès sa jeunesse... »

"L'heureux dénouement" est tout aussi empli de contradic­tions que l'est l'histoire du déluge. Elle commença par une longue condamnation de l'homme pour diverses abominations, dont la violation de la pureté des jeunes dieux. On en vient à la décision terrible de faire périr toute chair et cela semble entière­ment justifié. Puis la même divinité se précipite pour, en à peine sept jours, s'assurer que la graine de l'humanité et des autres créatures ne périsse pas. Le choc passé, la divinité est alléchée par l'odeur de viande rôtie et, oubliant sa résolution première de mettre fin à l'existence de l'humanité, ferme les yeux sur toute cette histoire, avec pour excuse que les mauvais désirs de l'homme sont immanents à sa seule jeunesse.

Cependant, ces doutes quant à la véracité de l'histoire s'es­tompent pour qui comprend que le compte rendu biblique est une version éditée du récit original sumérien. Comme dans les autres cas, la Bible monothéiste a ramené à un unique Dieu les rôles joués par plusieurs dieux qui n'étaient pas toujours d'ac­cord les uns avec les autres.

Jusqu'aux découvertes archéologiques de la civilisation mé­sopotamienne et au décryptage des littératures akkadienne et sumérienne, l'histoire biblique du déluge était unique, appuyée seulement par quelques mythologies primitives éparpillées dans le monde. La découverte de "l'Épopée de Gilgamesh" akkadienne mit l'histoire du déluge de la Genèse en ancienne et vénérable compagnie, rehaussée, par ailleurs, par la découverte plus tardive de vieux textes ou fragments de l'original sumérien.

Le héros du récit mésopotamien du déluge était Ziusudra en sumérien (Utnapishtim en akkadien), qui fut emmené dans la demeure céleste des Dieux après le déluge pour y vivre à jamais heureux. Quand, dans sa recherche de l'immortalité, Gilgamesh finit par atteindre le lieu, il demanda conseil auprès d’Ut­napishtim eu égard à la vie et la mort. Utnapishtim dévoila à Gilgamesh — et par lui à toute l'humanité post-diluvienne — le secret de sa survie, "une affaire cachée, un secret des dieux" — la "vraie histoire" (pourrait-on dire) du déluge.

Le secret révélé à Gilgamesh était que, avant l'élimination causée par le Déluge, les Dieux se réunirent et votèrent la destruction de l'humanité. Le vote et la décision furent tenus secrets. Mais Enki s'en fut trouvé Utnapishtim, le souverain de Shourouppak, pour le prévenir de la calamité qui se préparait. En adoptant des méthodes d'agent secret, Enki parla à Ut­napishtim caché derrière un paravent de roseau. En premier lieu, ses révélations restaient sibyllines. Puis son conseil et sa mise en garde furent sans ambiguïtés :

Homme de Shourouppak, fils de Ubar-Tutu : Détruis ta maison, construis un bateau ! Abandonne tes biens, cherche ta vie ! Renonce à tes affaires, maintiens ton âme en vie ! À bord du bateau, emmène la graine de toutes les choses vivantes; Ce bateau tu construiras - ses dimensions seront sur mesure.

Les similitudes avec l'histoire biblique sont évidentes : Un déluge se prépare; un seul homme est prévenu; il doit prendre avec lui et sauver la graine de toutes les choses vivantes". Toutefois, la version babylonienne est plus plausible. La décision de détruire et la volonté de sauver ne sont pas les actes contradictoires d'une même divinité, mais ceux de plusieurs.

De plus, la décision de prévenir et de sauver la graine de l'homme est un acte de défi d'un dieu (Enki), agissant en secret et à l'encontre de la décision commune des autres grands dieux.

Pourquoi Enki prit-il le risque de défier les autres dieux ? Avait-il l'unique souci de préserver sa "merveilleuse oeuvre d'art", ou a-t-il agi dans une ambiance de rivalité ou d'hostilité grandissante entre lui et son frère aîné, Enlil ?

La réalité de l'existence d'un tel conflit entre les deux frères est mise en relief dans l'histoire du déluge.

Utnapishtim posa à Enki la question qui s'imposait : Comment pouvait-il, lui, Utnapishtim, expliquer aux autres citoyens de Shourouppak la construction d'un vaisseau de forme singulière et l'abandon de toute possession ? Enki le conseilla :

Ainsi tu leur parleras : « J'ai appris qu'Enlil m'est hostile, de sorte que je ne peux plus demeurer dans votre ville, ni poser pied sur le territoire d'Enlil. Par conséquent, je descendrai vers l'Apsu,
pour demeurer avec mon Seigneur Ea ».

L'explication devait être présentée ainsi : disciple d'Enki, Utnapishtim ne pouvait plus demeurer en Mésopotamie, et il construisait un bateau avec lequel il avait l'intention de voguer vers le Monde d'En-Bas (d'après nos recherches, l'Afrique du Sud) pour y demeurer avec son seigneur Ea/Enki. Les vers qui suivent suggèrent que la région souffrait d'une période de sécheresse ou d'une famine; Utnapishtim (sur les conseils d'Enki) devait affirmer aux résidents de la ville que, si Enlil le voyait partir, "la terre aurait [à nouveau] son plein d'abon­dantes récoltes". Pour les autres résidents de la ville, cette excuse sembla valable.

Ainsi trompés, les gens de la ville ne questionnèrent plus la construction de l'arche, mais, en fait, aidèrent à la construire. Utnapishtim les poussa à travailler plus vite en abattant et en leur servant des bœufs et des moutons "tous les jours" et en abondance du "vin rouge, de huile, et du vin blanc". Même les enfants furent pressés de transporter le bitume servant à l'étan­chéité.

"Au septième jour, le bateau fut achevé ! Le lancement fut très difficile, il fallut qu'ils changent la position des planchers en haut et en bas, jusqu'à ce que deux tiers de la structure se trouvent dans l'eau" de l'Euphrate. Ensuite Utnapishtim em­barqua toute sa famille et ses proches, emmenant avec lui "les quelques créatures vivantes que je possédais", aussi bien "les animaux des champs, les bêtes sauvages des champs". Les parallèles avec la version de la Bible sont indiscutables, même jusqu'aux sept jours de construction. Cependant, Utnapishtim, allant plus loin que Noé, embarqua secrètement toute l'équipe d'artisans qui l'avait aidé à construire le navire.

Lui-même devait monter à bord à un certain signal, dont Enki lui avait indiqué la nature : une "heure spécifique" qui devait être déterminée par Shamash, la divinité responsable des fusées de feu. Voici l'ordre d'Enki :

« Lorsque Shamash qui ordonne un tremblement au crépuscule fera pleuvoir un bouquet d'éruptions - embarque-toi sur le bateau, scelles-en l'entrée ! »

C'est à nous de deviner le rapport qui existe entre le lance­ment d'une fusée par Shamash et le moment venu où Utnapish­tim devait s'embarquer sur son arche et en sceller hermétique­ment l'intérieur. Mais le moment arriva et la fusée provoqua un "tremblement au crépuscule". Il y eut une pluie d'éruptions. Et Utnapishtim "scella le bateau tout entier"; "il remit le commandement de la structure et de son contenu" à "Puzur-Amurri, le Batelier".

La tempête arriva avec "les premières lueurs de l'aurore". Il y eut un tonnerre terrifiant. Un nuage noir s'éleva à l'horizon. La tempête déchira les piliers des édifices et des quais; puis les digues lâchèrent. L'obscurité s'établit, "changeant en noirceur tout ce qui avait été lumière"; et la "vaste terre se brisa comme un vulgaire pot".

La "tempête du sud" souffla pendant six jours et six nuits. Gagnant de la vitesse en soufflant,
submergeant les montagnes, s'abattant sur le peuple comme une bataille... Quand le septième jour arriva, la tempête-du-sud porteuse de l'inondation se calma dans la bataille qu'elle avait combattue comme une armée. La mer lentement s'apaisa, la tempête s'immobilisa, l'inondation cessa.
Je regardais le temps. L'immobilité s'était installée. Et toute l'Humanité était redevenue argile.

La volonté d'Enlil et de l'Assemblée des Dieux était accomplie.

Mais, à leur insu, le plan d'Enki avait, lui aussi, réussi. Flottant dans les eaux tumultueuses, il y avait un vaisseau contenant des hommes, des femmes, des enfants et d'autres créatures vivantes.

La tempête passée, Utnapishtim "ouvrit la trappe; la lumière éclaira mon visage". Il regarda autour de lui; "le paysage était aussi plan qu'une toiture plate".

Après s'être incliné au plus bas, il s'assit et se mit à pleurer, "les larmes coulèrent sur mon visage". Il chercha des yeux des côtes dans l'étendue de la mer; il n'en vit aucune. Puis : Une région de montagnes émergea; Le vaisseau s'immobilisa au Mont du Salut; Le Mont Nisir ["le salut"] enserra rapidement,
le bateau ne permettant aucun mouvement.

Pendant six jours, Utnapishtim contempla l'arche immobile, échouée dans les pics du Mont du Salut — les sommets bibliques de l'Ararat. Tout comme Noé, il envoya une colombe chercher un endroit où se poser, mais elle revint. Une hirondelle s'envola et revint. Puis un corbeau fut mis en liberté; il ne revint pas, il avait trouvé un lieu où nicher. Alors Utnapishtim lâcha tous les oiseaux et les animaux qui se trouvaient avec lui, et, enfin, il sortit lui-même. Il construisit un autel "et offrit un sacrifice" — tout comme le fit Noé.

Mais, une fois encore, la différence entre un Dieu unique et une pluralité de dieux est manifeste. Lorsque Noé offrit un sacrifice, "Yahvé sentit l'odeur appétissante", mais, lorsque Utnapishtim fit de même, "les dieux sentirent l'odeur, les dieux sentirent la douce odeur. Les dieux se regroupèrent comme des mouches autour du sacrificateur".

Dans la version de la Genèse, ce fut Yahvé qui jura de ne plus jamais détruire l'humanité. Dans la version babylonienne, c'est la grande déesse qui jura : « ... je n'oublierai pas... Je me souviendrai de ces jours, ne les oublierai jamais ».

Là, cependant n'était pas le problème immédiat. Car, lorsque Enlil arriva sur place, loin de lui était l'idée de manger. Il venait, fou furieux, de découvrir que quelques hommes avaient survécu. « Un esprit vivant aurait-il échappé ? Aucun homme ne devait survivre à la destruction ! »

Ninourta, son fils et son descendant, dirigea immédiatement vers Enki un doigt accusateur. « Qui d'autre qu'Ea est capable d'ourdir de tels projets ? Seul Ea connaît tout ». Loin de nier les accusations, Enki se lança dans une des plaidoiries de défense les plus éloquentes du monde. Après avoir fait l'éloge d'Enlil, de sa sagesse, et en insinuant qu'il était impossible qu'Enlil fût "déraisonnable" — il était donc, nécessairement, réaliste — Enki mêla confession et dénégation. « Ce n'est pas moi qui ai dévoilé le secret des dieux »; J'ai tout simplement laissé un homme, « excessivement sage », percevoir par sa propre sa­gesse le secret des dieux. Et comme, en vérité, continua-t-il, ce Terrien est si sage, Enki suggéra à Enlil, de ne pas ignorer ses capacités. « Maintenant, en ce qui le concerne, réunissons le conseil ! »

"L'Épopée de Gilgamesh" rapporte que tout cela était le "secret des dieux" qu'Utnapishtim raconta à Gilgamesh. Puis il relata à Gilgamesh l'événement final. Ayant été influencé par l'argument d'Enki,  Enlil monta à bord du bateau. Me tenant par la main, il me fit monter. Il fit monter ma femme,
la fit s'agenouiller à mes côtés. Se tenant debout entre nous, il toucha nos fronts pour nous bénir: « Jusqu'ici Utnapishtim et sa femme ne furent que des humains; désormais Utnapishtim et sa femme
seront avec nous comme des dieux. Utnapishtim résidera au Lointain, à l'Embouchure des Eaux ! »

Et Utnapishtim conclut ainsi son histoire. Après avoir été conduit en résidence dans le Lointain, Anou et Enlil...  ...Lui donnèrent la vie, comme à un dieu, L'élevèrent à la vie éternelle, comme un dieu.

Mais qu'advint-il de l'humanité en général ? Le conte de la Bible se termine en affirmant que la divinité bénit alors l'humanité et l'autorisa "à être fructueuse et à se multiplier". La version mésopotamienne de l'histoire du déluge se termine également par des vers sur la procréation de l'humanité. Les textes partiellement mutilés parlent de la création de "catégories" humaines : ... Qu'il y ait une troisième catégorie parmi les Humains : Que, parmi, les Humains il y ait
Des femmes qui enfantent, et d'autres qui n'enfantent pas.

Apparemment il y eut de nouvelles directives pour fixer les rapports sexuels :

Des réglementations pour la race humaine : Que le mâle... à la jeune pucelle... Que la jeune pucelle...
Le jeune homme à la jeune pucelle... Quand le lit est fait, que la femme et le mari se couchent ensemble.

Le plan d'Enlil fut déjoué. L'humanité fut sauvée et reçut la permission de procréer. Les dieux livrèrent la Terre aux hommes.

A SUIVRE: Quand les dieux s'enfuirent de la Terre

Date de dernière mise à jour : 22/07/2012